La France avait été écartée - Washington doute désormais de pouvoir livrer les sous-marins promis à l’Australie (AP)
La France avait été écartée - Washington doute désormais de pouvoir livrer les sous-marins promis à l’Australie (AP)

Plus de quatre ans après l’éviction brutale de la France du programme australien de sous-marins, le « contrat du siècle » continue de produire ses effets… et ses incertitudes. Un rapport du Congrès américain jette un sérieux doute sur la capacité réelle des États-Unis à honorer leur engagement central dans l’alliance AUKUS, à savoir la fourniture de sous-marins nucléaires d’attaque à l’Australie. Une perspective qui relance, en creux, le débat sur un accord que Paris avait vu lui échapper sous la pression conjointe de Washington et de Londres.

En 2021, Canberra rompait unilatéralement le contrat signé avec la France pour l’achat de douze sous-marins conventionnels, au profit d’un partenariat stratégique inédit avec les États-Unis et le Royaume-Uni. Baptisée AUKUS, cette alliance prévoyait notamment la livraison, à partir de 2032, de trois à cinq sous-marins nucléaires américains de classe Virginia, avant une seconde phase de construction conjointe avec les Britanniques.

Or un rapport récent du Congrès américain, rédigé par l’analyste naval Ronald O’Rourke pour le Congressional Research Service, suggère que cette promesse pourrait ne jamais être tenue dans sa forme initiale. En cause, les capacités industrielles limitées de l’industrie navale américaine, déjà sous forte tension pour répondre aux besoins de l’US Navy dans un contexte géopolitique dégradé.

Une vente jugée risquée pour la dissuasion américaine

Le document pointe un risque stratégique majeur : transférer plusieurs sous-marins nucléaires à l’Australie pourrait affaiblir directement les capacités opérationnelles américaines, notamment face à la montée en puissance navale de la Chine. Selon le rapport, les sous-marins de classe Virginia destinés à Canberra seraient autant d’unités indisponibles pour un éventuel conflit majeur en Indo-Pacifique.

Plus encore, le Congrès envisage un scénario alternatif dans lequel les sous-marins resteraient sous commandement américain, tout en étant basés en Australie. Une solution hybride qui permettrait à Washington de préserver ses capacités de dissuasion, mais viderait largement de sa substance la promesse faite aux Australiens d’une souveraineté navale renforcée.

Le rapport souligne également une ambiguïté politique persistante : Canberra n’a jamais garanti un alignement automatique avec Washington en cas de conflit sino-américain autour de Taïwan. Dans ce contexte, livrer des sous-marins stratégiques à un allié dont l’engagement militaire n’est pas totalement verrouillé apparaît, aux yeux de certains parlementaires américains, comme un pari risqué.

Cybersécurité et transferts technologiques sous surveillance

Autre point de vigilance majeur, la question de la cybersécurité. Le rapport met en garde contre l’augmentation de la « surface d’attaque » liée au partage de technologies nucléaires extrêmement sensibles. Les systèmes australiens ont déjà été la cible de cyberattaques attribuées à des acteurs liés à Pékin, ce qui alimente les craintes d’espionnage ou de compromission indirecte des technologies américaines.

Dans ce contexte, la perspective d’un transfert complet de savoir-faire nucléaire vers l’Australie apparaît de moins en moins consensuelle à Washington. Même si le Pentagone a réaffirmé officiellement son engagement dans AUKUS, ce rapport révèle des fractures internes et des doutes profonds au sein de l’appareil politique et militaire américain.

Pour la France, évincée en 2021 au profit de cette alliance anglo-saxonne, ces hésitations rétrospectives ont un goût amer. Le contrat annulé était certes conventionnel, mais il offrait à Canberra une solution industrielle clé en main, immédiatement réalisable. Aujourd’hui, l’Australie se retrouve face à un horizon incertain, dépendante de capacités américaines qui pourraient ne jamais se matérialiser comme annoncé.

Partager