Glyphosate : une étude clé retirée pour conflits d'intérêts, vingt-cinq ans après sa publication
Glyphosate : une étude clé retirée pour conflits d'intérêts, vingt-cinq ans après sa publication

La controverse scientifique autour du glyphosate connaît un tournant spectaculaire. Une étude de référence publiée en 2000, longtemps brandie pour affirmer l’innocuité de l’herbicide le plus utilisé au monde, vient d’être officiellement rétractée. Le journal scientifique Regulatory Toxicology and Pharmacology reconnaît des « lacunes critiques », notamment la non-divulgation du rôle joué par des salariés de Monsanto et des avantages financiers perçus par certains auteurs. Un coup de tonnerre qui interroge : comment un article aussi influent, cité pendant des décennies par des gouvernements et des agences de régulation, a-t-il pu échapper si longtemps à un examen rigoureux ?

Une rétractation tardive qui expose un système défaillant

Dès 2002 pourtant, une vingtaine de chercheurs alertaient déjà sur les conflits d’intérêts et l’opacité entourant cette revue scientifique. En 2017, les Monsanto Papers avaient fini de lever le voile : des documents internes révélaient la participation directe d’employés de Monsanto dans la rédaction de l’étude, une contribution jamais assumée publiquement. Malgré cela, il aura fallu vingt-cinq ans pour qu’une procédure de rétractation aboutisse. Cette lenteur soulève de lourdes questions sur l’indépendance de certaines publications scientifiques et sur la capacité des institutions à reconnaître, puis corriger, leurs erreurs.

Pendant ce temps, l’étude a servi de caution scientifique à des décisions politiques majeures, notamment en Europe, où le débat sur le glyphosate reste explosif. Des milliers de procédures judiciaires ont été engagées dans le monde pour dénoncer les risques cancérogènes supposés de la molécule.

Monsanto, aujourd’hui propriété de Bayer, persiste : l’entreprise affirme que le glyphosate est sûr et justifie son implication passée en soutenant qu’elle « ne nécessitait pas de déclaration de paternité ». Une défense qui peine à convaincre alors que l’étude était devenue un pilier de la communication pro-glyphosate. Pour de nombreux chercheurs, cette rétractation tardive illustre au contraire la nécessité d’une transparence totale dans les publications scientifiques, surtout lorsque des enjeux sanitaires et économiques colossaux sont en jeu.

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