À quelques semaines des élections européennes, le débat sur la protection de l’industrie du continent monte d’un cran. Clément Beaune, haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, a proposé l’instauration de droits de douane de 30 % sur les produits chinois importés dans l’Union européenne. Une mesure radicale, assumée comme telle, destinée selon lui à enrayer une concurrence devenue destructrice pour le tissu industriel européen et à freiner l’hémorragie d’emplois dans plusieurs secteurs clés.
Invité sur les plateaux de télévision et de radio ce lundi 9 février, Clément Beaune a dressé un constat alarmant de la situation industrielle. L’automobile, la chimie, la pharmacie ou encore les machines-outils seraient aujourd’hui directement menacées par l’offensive commerciale chinoise. En quelques décennies, la nature des produits importés de Chine aurait profondément évolué. L’image de biens à bas coût et de qualité inférieure ne correspondrait plus à la réalité actuelle, notamment dans les secteurs technologiques et industriels de pointe.
Selon le haut-commissaire, l’écart de compétitivité repose désormais autant sur les coûts que sur la qualité. Les produits chinois bénéficieraient de coûts de production inférieurs de 30 à 40 % à ceux des entreprises européennes, tout en affichant des performances équivalentes, voire supérieures dans certains domaines, comme le véhicule électrique. Cette combinaison serait, à ses yeux, un risque existentiel pour l’industrie européenne si aucune réponse politique forte n’était apportée.
Un “bouclier commercial” pour sauver l’emploi industriel
Pour Clément Beaune, la solution passe par un changement d’échelle. Les mesures déjà adoptées au sein de l’Union européenne, comme la taxation minimale sur les petits colis importés ou certaines barrières ciblées, seraient jugées insuffisantes. Il plaide pour un véritable « bouclier commercial massif », appliqué à l’échelle des Vingt-Sept, afin de rétablir des conditions de concurrence équitables.
L’argument central avancé est celui de l’emploi. Selon les chiffres cités par le haut-commissaire, la concurrence chinoise entraînerait en Allemagne la suppression d’environ 10 000 emplois industriels par mois. Une dynamique qui, si elle se poursuivait, fragiliserait durablement l’ensemble de la chaîne industrielle européenne, avec des effets en cascade sur les sous-traitants, la recherche et l’innovation. À ses yeux, taxer les produits chinois à hauteur de 30 % permettrait de préserver des emplois sur le sol européen et de maintenir des capacités de production stratégiques.
La question de l’impact sur les prix à la consommation est reconnue, mais assumée. Clément Beaune estime qu’une hausse des prix serait un moindre mal face au risque de désindustrialisation massive. Il considère qu’il n’existe pas d’alternative crédible pour éviter la disparition de dizaines de milliers d’emplois industriels, si l’Europe continue de s’exposer sans protection à la concurrence asiatique.
Un durcissement du discours européen vis-à-vis de Pékin
En 2024, plus de 21 % des biens importés dans l’Union européenne provenaient de la Chine, un niveau qui alimente les inquiétudes sur la dépendance économique du continent. Plusieurs responsables européens appellent désormais à une réciprocité commerciale accrue, estimant que les entreprises européennes ne bénéficient pas en Chine des mêmes conditions d’accès au marché que les entreprises chinoises en Europe.
Reste que la proposition de droits de douane généralisés à 30 % soulève de lourdes questions politiques et diplomatiques. Une telle mesure impliquerait un consensus européen difficile à obtenir et exposerait l’Union à des représailles commerciales. Elle marque néanmoins un tournant dans le débat public français et européen, en assumant clairement l’idée que la défense de l’industrie passe désormais par des choix protectionnistes affirmés. Pour Clément Beaune, le message est clair : sans réaction rapide et coordonnée, l’Europe risquerait de perdre durablement le contrôle de son appareil productif.