En France, d’anciens élèves accusent des établissements lasalliens de violences systémiques
En France, d’anciens élèves accusent des établissements lasalliens de violences systémiques

La parole continue de se libérer au sein de l’enseignement privé catholique. Une vingtaine d’anciens élèves d’établissements relevant de la congrégation des Frères des écoles chrétiennes ont constitué un collectif afin de dénoncer des violences physiques, psychologiques et sexuelles qu’ils affirment avoir subies durant leur scolarité. Ces faits, rapportés début février, s’inscrivent dans une série de révélations touchant plusieurs institutions éducatives confessionnelles à travers le pays, après d’autres affaires médiatisées ces derniers mois.

Les témoignages évoquent des pratiques de discipline violentes, des humiliations répétées et, pour certains, des agressions sexuelles commises sur des mineurs âgés de moins de quinze ans. Selon le collectif, ces agissements auraient eu lieu dans différents établissements dits lasalliens, parfois sur des périodes longues, principalement entre les années 1950 et 1980. Les anciens élèves dénoncent un climat éducatif fondé sur la peur et la contrainte, qu’ils estiment incompatible avec les droits fondamentaux de l’enfant.

Le collectif affirme que ces violences n’étaient pas le fait de cas isolés. Il évoque l’existence, dans de nombreux établissements, de figures d’autorité abusives, protégées selon eux par une forme de silence institutionnel. Les membres du groupe reprochent à la congrégation une reconnaissance jugée insuffisante de ses responsabilités, limitée à des messages de compassion et à des indemnisations qu’ils estiment sans commune mesure avec les préjudices subis. Ils réclament notamment l’ouverture complète des archives internes afin d’identifier d’éventuelles complicités hiérarchiques.

Des demandes lourdes face à une institution ancienne

La congrégation des Frères des écoles chrétiennes, fondée au XVIIe siècle par Jean-Baptiste de La Salle et aujourd’hui à la tête d’environ 150 établissements en France, est directement mise en cause. Le collectif demande la mise en place d’un appel national à témoignages pour encourager d’autres victimes à se manifester, ainsi que la création d’un fonds de réparation d’un montant de 100 millions d’euros. Cette somme est présentée comme proportionnée à l’ampleur supposée des faits, aux conséquences sur les parcours professionnels et personnels des victimes, et aux besoins de soins à long terme.

Face à ces accusations, la congrégation a réagi par communiqué. Elle indique prendre très au sérieux la constitution du collectif et les témoignages rapportés, tout en soulignant que certains faits allégués remontent à plusieurs décennies. Elle affirme avoir exprimé à plusieurs reprises sa considération à l’égard des personnes ayant pu être victimes de violences, d’abus ou d’atteintes sexuelles commises par des membres de l’institution.

La congrégation rappelle avoir mis en place dès 2014 une cellule d’écoute dédiée, chargée d’examiner les signalements concernant des Frères. Elle précise que tout fait susceptible de recevoir une qualification pénale fait désormais l’objet d’un signalement systématique aux autorités judiciaires. Depuis 2022, trois signalements auraient ainsi été directement transmis à la justice, le plus récent datant de décembre 2025.

Selon les chiffres communiqués, 72 saisines de cette cellule d’écoute ont été enregistrées à ce jour

La quasi-totalité aurait conduit à la reconnaissance du caractère vraisemblable des accusations portées, donnant lieu à la signature de protocoles et au versement d’indemnités financières pour un montant total d’environ 2,4 millions d’euros. La congrégation indique regretter l’annulation récente d’une rencontre avec un représentant du collectif, tout en affirmant rester disposée au dialogue.

Les accusations concernent, selon le collectif, une vingtaine d’établissements répartis sur l’ensemble du territoire, de la Loire-Atlantique à la Haute-Garonne, en passant par l’Île-de-France, la Gironde ou les Hautes-Pyrénées. Cette multiplication des signalements renforce la pression sur les pouvoirs publics et relance le débat sur le contrôle de l’enseignement privé sous contrat. Pour les victimes, l’enjeu dépasse désormais la reconnaissance individuelle. Il s’agit, selon elles, de faire la lumière sur un système éducatif dont les dérives auraient été longtemps ignorées ou minimisées.

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