Commerces : l’Assemblée valide l’expérimentation des caméras algorithmiques jusqu’en 2027
Commerces : l’Assemblée valide l’expérimentation des caméras algorithmiques jusqu’en 2027

L’intelligence artificielle s’apprête à entrer officiellement dans les rayons des supermarchés. Hier lundi 16 février, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi portée par le groupe Renaissance autorisant, à titre expérimental, la surveillance algorithmique dans les commerces pour lutter contre les vols.

Le texte a été approuvé par 60 voix contre 13, dans un hémicycle peu fourni. Il a reçu le soutien de Renaissance, des Républicains, d’Horizons et du Rassemblement national, tandis que le MoDem s’est abstenu. La proposition devra désormais être examinée par le Sénat, si elle est inscrite à son ordre du jour. L’expérimentation est donc prévue jusqu’à fin 2027.

Des algorithmes pour détecter les comportements suspects

Concrètement, la loi autorise l’analyse automatisée des images issues des caméras de vidéosurveillance dans les commerces de détail, les grandes surfaces et les centres commerciaux. Un algorithme, entraîné à repérer certains comportements jugés suspects, pourra par exemple signaler un produit glissé dans un sac sans passage en caisse.

Le système déclenchera une alerte à destination du commerçant, qui décidera ensuite d’intervenir ou non. Le dispositif ne pourra pas, à lui seul, fonder un acte de poursuite judiciaire. Selon le député Renaissance Paul Midy, à l’origine du texte, entre 2 000 et 3 000 commerces utiliseraient déjà ce type de technologie, malgré l’absence de cadre légal clair jusqu’ici.

Pour ses défenseurs, l’objectif est double : sécuriser les points de vente face à la hausse des vols et encadrer juridiquement une pratique déjà existante. Le texte prévoit plusieurs garde-fous, dont l’interdiction explicite du recours à la reconnaissance faciale et l’obligation d’informer le public de l’usage de ces dispositifs.

Une fracture politique nette

À gauche, la mesure suscite de vives critiques. Plusieurs députés dénoncent une dérive sécuritaire et un risque d’extension progressive de la surveillance algorithmique dans l’espace public. Ils pointent notamment les incertitudes liées à la fiabilité des algorithmes, aux biais potentiels et à la protection des données personnelles.

Les partisans du texte estiment au contraire que l’expérimentation limitée dans le temps permettra d’évaluer l’efficacité réelle du dispositif et ses impacts sur les libertés publiques, avant toute éventuelle généralisation. Le débat devrait se poursuivre au Sénat, où la question de l’équilibre entre sécurité commerciale et respect de la vie privée promet d’être au cœur des discussions.

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