À Bayonne, le Centre hospitalier de la côte basque tente une voie inédite pour soulager sa trésorerie. L’établissement espère lever 1,5 million d’euros grâce à un emprunt citoyen, alors qu’il dispose de cinq ans pour résorber un déficit de 21 millions d’euros, délai fixé par l’Agence régionale de santé.
L’opération vise à couvrir des besoins de financement courant. Avec un budget annuel de 450 millions d’euros, l’hôpital doit assumer en continu le paiement des salaires, des médicaments ou encore des prestations logistiques, alors même que les recettes issues de l’Assurance maladie arrivent avec un décalage. Ce déséquilibre temporaire crée des tensions de trésorerie que la direction cherche à lisser.
Le mécanisme proposé repose sur la participation directe des habitants. Chaque citoyen peut investir à partir d’un euro. Les sommes prêtées seront remboursées au terme de douze mois, en une seule fois, assorties d’un intérêt brut annuel de 3,1 %, supérieur à celui de certains livrets réglementés. La direction présente cette initiative comme la plus importante opération de ce type menée par un hôpital en France.
Un financement local présenté comme vertueux
Pour structurer l’opération, l’hôpital s’est associé à Villyz, une entreprise spécialisée dans les dispositifs de financement participatif au service des collectivités et des établissements publics. Les fonds collectés seraient cantonnés sur des comptes dédiés avant d’être prêtés à l’établissement, afin d’assurer une traçabilité complète.
Selon ses promoteurs, le modèle offrirait un double avantage. L’hôpital bénéficierait d’un financement potentiellement moins coûteux que les solutions bancaires classiques, tandis que les épargnants disposeraient d’un placement rémunéré, directement orienté vers un service public de proximité. L’argument avancé repose sur la mobilisation locale, l’idée que les citoyens puissent soutenir concrètement un établissement qu’ils utilisent ou dont dépendent leurs proches.
D’autres centres hospitaliers ont déjà expérimenté ce levier, notamment à Haguenau, Évreux ou Fréjus Saint Raphaël. À Bayonne, l’ampleur du montant recherché marque toutefois un changement d’échelle.
Les tensions financières sont persistantes dans les hôpitaux publics. Inflation des charges, évolution des tarifs hospitaliers et difficultés de recrutement pèsent sur les comptes. Si l’emprunt citoyen ne règle pas la question structurelle du déficit, il constitue un outil transitoire pour sécuriser la trésorerie. Reste à mesurer l’adhésion des habitants. Le succès de l’opération dépendra de leur confiance dans la solidité de l’établissement et dans la capacité de la direction à respecter les engagements pris. À Bayonne, l’hôpital mise sur la proximité et la transparence pour transformer l’épargne locale en levier de soutien financier.