La nouvelle fusée européenne Ariane 6 a décollé jeudi peu avant 18 heures (heure locale) depuis le Centre spatial guyanais, à Kourou. Ce lancement marque une étape clé : il s’agit du premier vol dans sa version à quatre propulseurs, dite A64.
Jusqu’ici, depuis son vol inaugural en juillet 2024, Ariane 6 n’avait volé que dans sa configuration à deux boosters (A62). Cette nouvelle version est plus puissante et plus lourde, environ 850 tonnes contre 530 pour la version précédente. Elle peut emporter des charges plus importantes, avec une poussée comparable à celle d’une centaine d’avions de chasse au décollage.
Un contrat stratégique avec Amazon
La mission du jour n’était pas institutionnelle mais commerciale. Ariane 6 a mis en orbite 32 satellites pour la constellation Amazon LEO, le projet spatial du groupe fondé par Jeff Bezos. L’objectif est de déployer un réseau de satellites destiné à fournir un accès internet à haut débit depuis l’espace, en concurrence directe avec Starlink.
À l’issue de cette mission d’environ 1h54, la constellation comptera 212 satellites. Au total, Ariane 6 doit effectuer 18 lancements pour ce programme, ce qui fait d’Amazon son principal client privé à ce stade.
Pour l’Europe spatiale, l’enjeu est double : démontrer la fiabilité du nouveau lanceur dans sa version la plus puissante et confirmer sa capacité à s’imposer sur le marché commercial face à une concurrence américaine très agressive.
Un test à haut risque
Avant le décollage, les équipes d’ArianeGroup affichaient une prudence assumée. Un premier vol dans une nouvelle configuration reste toujours une phase délicate, même après plusieurs missions réussies dans une version différente.
La modularité constitue l’un des atouts majeurs d’Ariane 6. En adaptant le nombre de propulseurs d’appoint, le lanceur peut répondre à des missions variées, depuis les satellites institutionnels jusqu’aux constellations commerciales de grande ampleur.
Avec ce succès, l’Europe renforce sa crédibilité dans le secteur des lancements lourds et envoie un signal fort sur sa capacité à soutenir les grands programmes de connectivité spatiale. Reste désormais à enchaîner les missions sans incident pour installer durablement Ariane 6 dans le paysage des lanceurs mondiaux.