Fromages au lait cru : l’alerte sanitaire sur une maladie transmise… sans morsure
Fromages au lait cru : l’alerte sanitaire sur une maladie transmise… sans morsure

Une trentaine de cas chaque année, des symptômes parfois graves, et un vecteur que personne n’attendait : le fromage. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) vient de lancer une alerte sur une forme rare mais préoccupante d’encéphalite à tiques, transmise non pas par morsure, mais par la consommation de produits laitiers au lait cru. Un mode de contamination encore inédit en France, mais désormais observé dans plusieurs régions. Jusqu’ici, les tiques étaient redoutées pour leur piqûre, vectrice notamment de la maladie de Lyme. Mais dans le laboratoire de l’Inrae à Champenoux, en Meurthe-et-Moselle, des chercheurs comme Pascale Frey-Klett scrutent depuis des années les acariens collectés dans toute la France. Plus de 80 000 spécimens composent aujourd’hui une véritable « tiquothèque » nationale. Et les analyses menées dans cette unité ont permis de lever le voile sur un risque insidieux : des virus présents dans le lait de chèvres ou de brebis infectées, ensuite transformé en fromage.

Des symptômes parfois sévères et durables

Le phénomène n’est pas entièrement nouveau. Il est documenté depuis des années dans certaines zones d’Europe centrale, mais la France semblait jusqu’ici épargnée. Ce n’est plus le cas. « Depuis cinq ans, on observe une recrudescence de cas liés à l’alimentation, ce qui n’avait jamais été constaté auparavant chez nous », alerte Elsa Quillery, co-coordinatrice de l’expertise menée par l’Anses. Le virus responsable, peu visible au départ, peut provoquer des symptômes pseudo-grippaux chez 10 à 30 % des personnes infectées. Et pour 20 à 40 % d’entre elles, les choses se compliquent : apparition de signes neurologiques sévères, type méningite, parfois suivis de séquelles irréversibles.

Le mode de transmission par ingestion rend la détection difficile

 « C’est compliqué de repérer le virus dans les circuits de production », reconnaissent les chercheurs. Surtout dans des produits artisanaux où le lait n’est pas pasteurisé, préservant ainsi la charge virale. L’alerte vise donc autant les consommateurs que les producteurs, à l’approche des périodes estivales où les fromages fermiers connaissent un pic de popularité. L’Anses appelle à la vigilance sans céder à la panique : mieux informer, renforcer les contrôles sanitaires sur les produits au lait cru, et sensibiliser les populations les plus vulnérables – jeunes enfants, personnes âgées, femmes enceintes – aux risques potentiels. En attendant, la tique, elle, continue de faire parler d’elle, y compris là où on ne l’attendait pas : au fond de l’assiette.

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