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L’Union européenne a officiellement ouvert une enquête contre Shein, soupçonné de ne pas respecter les règles européennes de protection des consommateurs. Cette procédure, annoncée mercredi par la Commission européenne, vise à examiner les pratiques du géant chinois de l’ultra fast-fashion, souvent critiqué pour ses dérives sociales, environnementales et économiques.

Fondée en Chine en 2012 et désormais basée à Singapour, Shein est accusé de ne pas suffisamment lutter contre la vente de produits illégaux ne respectant pas les normes européennes. La Commission européenne, en collaboration avec le réseau de coopération en matière de protection des consommateurs (CPC), va coordonner l’enquête avec les autorités nationales compétentes, dont la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) en France. En cas de violations avérées, l’entreprise pourrait être sanctionnée par des amendes substantielles.

Un autre géant chinois du commerce en ligne, Temu, est également dans le collimateur des autorités européennes pour des infractions similaires. L’UE enquête depuis octobre dernier sur cette plateforme, accusée d’insuffisamment contrôler la mise en vente de produits non conformes aux réglementations en vigueur.

Shein est devenu l’un des principaux symboles des excès de la mode à bas coût. Son modèle économique repose sur une production rapide et massive, au détriment des normes environnementales et des conditions de travail des ouvriers, principalement en Chine. En inondant le marché européen avec des vêtements à des prix défiant toute concurrence, l’entreprise fragilise le secteur du prêt-à-porter français et européen, où les contraintes sociales et environnementales sont bien plus strictes.

Cette enquête intervient alors que plusieurs pays européens tentent de réguler l’ultra fast-fashion pour protéger les consommateurs et les acteurs locaux de l’industrie textile. En France, des mesures législatives sont en cours d’examen pour interdire la publicité sur ces produits polluants et mettre en place une taxation des articles fabriqués à l’autre bout du monde.

L’ouverture de cette enquête place également sous les projecteurs Christophe Castaner, ancien ministre de l’Intérieur et ex-patron de La République en Marche, qui a rejoint Shein en décembre dernier comme conseiller stratégique. Ce choix, vivement critiqué, est perçu comme une trahison des intérêts économiques français au profit d’une multinationale étrangère dont les pratiques sont de plus en plus contestées.

Castaner, qui fut un proche d’Emmanuel Macron et un acteur clé des décisions économiques du premier quinquennat, s’aligne aujourd’hui avec une entreprise accusée de détruire le commerce local et d’exploiter des travailleurs dans des conditions précaires. Cette nomination intervient alors même que la France tente de légiférer pour limiter l’impact de l’ultra fast-fashion, ce qui alimente les soupçons de conflit d’intérêts et de lobbying en faveur du géant chinois.

Selon la Fédération française du prêt-à-porter féminin, l’arrivée de Castaner chez Shein est une « tentative manifeste d’influencer les décisions politiques françaises et européennes ». En rejoignant une entreprise qui menace directement l’industrie textile française, il s’éloigne des principes de souveraineté économique qu’il défendait autrefois.

L’enquête de l’Union européenne pourrait marquer un tournant dans la régulation du e-commerce et des plateformes chinoises ultra compétitives. Face aux pressions économiques et aux critiques sur leurs pratiques, Shein se retrouve désormais sous une surveillance accrue qui pourrait fragiliser son modèle en Europe.

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