TAIPEI — La présence simultanée de deux porte-avions chinois dans le Pacifique, une première connue à ce jour, illustre les « visées expansionnistes » de Pékin, selon le ministre taïwanais de la Défense Wellington Koo. Ces manœuvres aéronavales, signalées dans des zones stratégiques proches du Japon et au-delà de la première chaîne d’îles, témoignent d’un renforcement de la capacité de projection de la marine chinoise.
S’exprimant mercredi à Taipei, Wellington Koo a déclaré que Taïwan suivait de près les déplacements des porte-avions Liaoning et Shandong, et disposait d’une « maîtrise complète » de leurs mouvements. Il a souligné que le franchissement de la deuxième chaîne d’îles — englobant notamment Guam, un territoire américain — envoyait « un message politique clair » sur les intentions militaires de Pékin. Ces chaînes d’îles sont considérées comme des lignes de défense et d’influence géostratégique dans la région indo-pacifique.
De son côté, la Chine a qualifié ces opérations de simples « exercices d’entraînement de routine », affirmant qu’elles ne visaient aucun pays en particulier. Le pays exploite actuellement deux porte-avions opérationnels et un troisième est en phase d’essais en mer. Néanmoins, selon Tokyo, leur apparition simultanée dans des zones séparées du Pacifique est le signe d’une volonté d’étendre les capacités navales bien au-delà des eaux territoriales chinoises.
Face à cette montée en puissance, Taïwan continue de renforcer sa défense. Le chef d’état-major de l’armée de l’air, Lee Ching-jan, a confirmé que la livraison d’une première douzaine de chasseurs F-16V américains était attendue cette année, avec le reste des 66 avions prévus pour 2026. Ces appareils de Lockheed Martin sont équipés de technologies avancées pour contrer les capacités aériennes chinoises, y compris les chasseurs furtifs J-20.
Depuis mai, la Chine multiplie les démonstrations de force en Asie de l’Est, en envoyant un nombre élevé de navires militaires et de garde-côtes dans des zones contestées. Selon les autorités japonaises, le Liaoning aurait navigué dans la zone économique exclusive du Japon, près de l’île isolée de Minamitorishima, renforçant ainsi les inquiétudes régionales face aux ambitions maritimes de Pékin.
Dans ce contexte tendu, les capitales de la région observent avec une vigilance croissante l’évolution de la posture militaire chinoise, alors que les équilibres stratégiques en Asie-Pacifique semblent de plus en plus remis en question.