Il aura fallu plus de trois ans pour que Saïd B. reconnaisse l’évidence. Accusé du meurtre d’Amélie Thomas, sa compagne qu’il s’apprêtait à perdre, il a fini par avouer lors de l’ouverture de son procès devant la cour d’assises de Nantes. Ce mercredi 10 décembre, l’avocate générale a requis 25 ans de réclusion criminelle, dénonçant un crime d’une gravité exceptionnelle et un simulacre orchestré avec méthode pour dissimuler l’évidence : un féminicide maquillé en suicide, en plein cœur de Trignac, en octobre 2022. Durant une heure, le ministère public a retracé la dernière semaine d’Amélie Thomas, jeune femme de 31 ans engagée dans une sortie d’emprise. Elle venait de récupérer les clés d’un nouvel appartement à Saint-Nazaire, avait prévenu ses proches de sa séparation et engagé les démarches officielles pour rompre le Pacs. Ce départ, méthodiquement préparé, marquait le début de sa libération. Mais dans l’ombre, son compagnon déchu s’effondrait. Appels incessants, crises, manipulations : Saïd B. multipliait les tentatives pour la retenir, avant de sombrer dans une narration délirante où il la décrivait comme dépressive, instable, suicidaire. Une rhétorique patiemment construite pour salir sa mémoire, comme pour justifier l’injustifiable.
Une mise en scène glaçante, un aveu tardif
Dans le huis clos de leur domicile, l’engrenage fatal s’est enclenché. Après l’avoir étouffée avec un coussin puis étranglée avec une ceinture de robe de chambre, Saïd B. serait resté une heure à fumer des cigarettes. Une heure de calme sinistre, au terme de laquelle il décide de maquiller le crime en suicide. La scène est arrangée, le corps est laissé dans la chambre. Il choisit ensuite de laisser son fils de 13 ans découvrir le cadavre, dans une stratégie cynique visant à renforcer la fiction du geste désespéré. Pour l’avocate générale, ce choix n’a rien d’un égarement passager. Il s’agirait au contraire d’un acte délibéré, froid, violent à l’égard de son propre enfant et de la famille d’Amélie.
Le ministère public ne s’est pas arrêté là
Elle a également requis le retrait de l’autorité parentale de l’accusé sur sa fille de 10 ans, une interdiction d’entrer en contact avec les proches d’Amélie Thomas, et une interdiction de séjour en Loire-Atlantique. Une peine de six ans de suivi socio-judiciaire assortie de trois années de prison supplémentaires en cas de non-respect a également été demandée pour exercer un contrôle étroit sur cet homme désormais âgé de 39 ans. Quant au frère de l’accusé, impliqué dans la dissimulation des téléphones du couple au matin du crime, il risque deux ans de prison. Mandat de dépôt à effet différé, mais une peine ferme qui souligne l’importance de son rôle dans le brouillage des preuves. Le verdict du procès, attendu dans la soirée, viendra clore un chapitre judiciaire entamé sous le choc, marqué par les mensonges répétés de l’accusé, et traversé par le témoignage bouleversant des proches de la victime. Justice, enfin, pour Amélie Thomas.