Les femmes paient le plus lourd tribut de la grave crise humanitaire qui touche le Soudan, a alerté vendredi l’Organisation des Nations Unies. Selon les agences onusiennes, la majorité des ménages dirigés par des femmes n’ont aujourd’hui pas suffisamment de nourriture, dans un contexte de conflit prolongé et d’effondrement des systèmes d’aide.
« Les ménages dirigés par des femmes ont trois fois plus de risques d’être en situation d’insécurité alimentaire. Les trois quarts d’entre eux déclarent ne pas avoir assez à manger », a déclaré Jens Laerke, porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), lors d’un point presse à Genève. Il a souligné que la faim au Soudan devient « de plus en plus genrée », les inégalités préexistantes étant aggravées par la guerre, qui a franchi vendredi le cap des mille jours.
Les Nations Unies rappellent que les femmes sont exposées à des risques accrus lorsqu’elles tentent de se procurer de la nourriture, notamment des violences sexuelles, comme l’avait déjà signalé ONU Femmes. La dégradation de la sécurité et l’accès limité à l’aide internationale renforcent leur vulnérabilité, en particulier dans les zones assiégées.
Les agences onusiennes ont appelé à une action internationale urgente pour acheminer de l’aide vers la ville d’Al-Fashir, au Darfour, passée fin octobre sous le contrôle des Forces de soutien rapide (FSR), ainsi que vers Kadugli, dans le sud du pays. Ces deux villes sont menacées par la famine, alors que les combats et les restrictions d’accès entravent l’assistance humanitaire.
Selon l’ONU, plus de 100 000 personnes ont fui Al-Fashir depuis la prise de la ville par les FSR, à l’issue d’un siège de 18 mois. À l’échelle nationale, plus de 21 millions de personnes sont actuellement en situation d’insécurité alimentaire aiguë, tandis qu’environ 34 millions ont besoin d’une aide humanitaire, dont près de la moitié sont des enfants.
OCHA a indiqué envisager de faire du Soudan le premier pays à conclure un accord avec les États-Unis pour recevoir une part des 2 milliards de dollars d’aide annoncés fin décembre. Les agences humanitaires restent toutefois confrontées à de fortes contraintes d’accès, malgré une première visite de personnel international à Al-Fashir en décembre, la situation sécuritaire continuant de freiner une réponse à la hauteur des besoins.