Condamné à 20 ans de réclusion pour des violences sexuelles sur 299 victimes, Joël Le Scouarnec échappe à la rétention de sûreté. Une décision qui laisse un goût amer à certaines victimes, dont Manon Lemoine, qui s’est exprimée avec force ce jeudi sur franceinfo.
« Il a pris plaisir à rappeler que nous serions marqués à vie »
Pour Manon Lemoine, la décision de justice reste incompréhensible : « Je n’arrive pas à l’accepter. » Elle redoute que l’ancien chirurgien, aujourd’hui âgé de 76 ans, puisse représenter un danger même après sa peine. Pendant le procès, la jeune femme dit avoir perçu « la perversité » de l’accusé, allant jusqu’à évoquer un homme qui s’est « réjoui » de l’empreinte psychologique laissée à ses victimes. L’absence de rétention de sûreté – une mesure qui aurait pu prolonger son enfermement en cas de dangerosité persistante – choque également l’une des avocates des parties civiles, Me Marie Grimaud. Celle-ci alerte : « C’est l’un des plus grands pédocriminels de l’histoire, il devrait être sous surveillance quasi perpétuelle. »
Un débat sur les peines et la dangerosité à long terme
La présidente de la cour criminelle a estimé que Joël Le Scouarnec ne présentait plus de risques élevés de récidive, notamment en raison de son âge. Une analyse que réfute Me Grimaud : « L’âge n’a rien à voir avec cela. » Elle s’inquiète d’un avenir possible hors des radars judiciaires : « Que se passera-t-il si demain, Monsieur Le Scouarnec doit intégrer un Ehpad ? » Elle appelle enfin à une réforme profonde de l’arsenal pénal : « Si le législateur ne se saisit pas de ces sujets, il y aura toujours des victimes face à des prédateurs. » Pour les plaignants, la page judiciaire semble close, mais le sentiment d’inachevé, lui, persiste.