Détention de Rédoine Faïd : le juge suspend son isolement à la prison de Condé-sur-Sarthe pour raisons de santé mentale. (AP/INTERPOL)
Détention de Rédoine Faïd : le juge suspend son isolement à la prison de Condé-sur-Sarthe pour raisons de santé mentale. (AP/INTERPOL)

Le tribunal administratif de Caen a suspendu le placement à l’isolement du braqueur multirécidiviste Rédoine Faïd, détenu dans la prison ultra-sécurisée de Condé-sur-Sarthe, dans l’Orne. Le juge des référés a estimé que cette mesure portait atteinte à sa santé psychique, déjà fortement dégradée par des années d’isolement prolongé.

Une suspension prononcée après plus de cinq ans d’isolement continu

Le 30 septembre 2025, le juge des référés du tribunal administratif de Caen a décidé de suspendre le placement à l’isolement de Rédoine Faïd. Selon la décision consultée par l’AFP et révélée par RTL, l’isolement du détenu n’est plus justifié au regard de son état de santé mentale, que les experts qualifient de « dégradé de manière inquiétante ».

Le juge relève notamment que Rédoine Faïd est maintenu à l’isolement sans discontinuer depuis plus de cinq ans, et qu’il aurait passé au total près de douze ans dans ce régime depuis son incarcération. De plus, depuis son transfert à Condé-sur-Sarthe le 21 août 2025, le détenu n’a bénéficié d’aucune consultation psychiatrique, un point considéré comme particulièrement préoccupant par le tribunal.

Des conditions de détention jugées contraires à la dignité humaine

Cette nouvelle décision s’inscrit dans la lignée d’un arrêt rendu fin juillet 2025 par la chambre d’application des peines de la cour d’appel de Douai. À cette époque, Rédoine Faïd était encore incarcéré à Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais, un autre centre pénitentiaire de haute sécurité. La cour avait alors jugé que ses conditions de détention étaient contraires à la dignité de la personne humaine, en raison de leur durée excessive, de l’absence de perspectives concrètes et du caractère restrictif des contacts sociaux.

Malgré cette décision, l’administration pénitentiaire avait choisi de transférer le détenu vers Condé-sur-Sarthe, un établissement jumeau en termes de sécurité, où il avait de nouveau été placé à l’isolement. Le juge administratif a donc rappelé, dans son ordonnance, que la durée et les conditions de cet isolement constituaient une atteinte grave et manifestement illégale aux droits fondamentaux du détenu, notamment à sa santé psychique.

Qui est Rédoine Faïd, le « roi de la belle » ?

Né en 1972, Rédoine Faïd est l’un des braqueurs les plus célèbres de France, connu pour ses évasions spectaculaires et ses nombreux braquages à main armée. Son surnom, « le roi de la belle », lui vient de ses deux évasions très médiatisées. En 2013, il s’était évadé de la prison de Lille-Sequedin à l’aide d’explosifs. Cinq ans plus tard, en 2018, il avait récidivé en s’évadant par hélicoptère du centre pénitentiaire de Réau, en Seine-et-Marne, une opération spectaculaire orchestrée par plusieurs complices.

Pour cette dernière évasion, il a été condamné en octobre 2023 à quatorze ans de réclusion criminelle par la cour d’assises de Paris. Il purge également plusieurs peines pour des braquages violents, dont celui de Villiers-sur-Marne en 2010, au cours duquel la policière municipale Aurélie Fouquet avait été tuée. Sa date de fin de peine est aujourd’hui fixée au 17 août 2057, selon le ministère de la Justice.

Les effets de l’isolement carcéral sur la santé mentale

L’affaire Rédoine Faïd relance le débat sur les conditions de détention en isolement dans les prisons françaises. Selon plusieurs rapports de l’Observatoire international des prisons et du Comité européen pour la prévention de la torture , l’isolement prolongé peut entraîner une détérioration cognitive, une dépression sévère et des troubles psychiques irréversibles.

La Cour européenne des droits de l’homme rappelle régulièrement, au titre de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, que le traitement inhumain et dégradant est prohibé, même dans le cadre de la détention des criminels les plus dangereux. Les experts plaident pour des suivis médicaux réguliers et une réévaluation périodique des mesures d’isolement afin d’éviter toute dérive vers un enfermement permanent.

Le débat sur les prisons ultra-sécurisées

Les centres pénitentiaires de Condé-sur-Sarthe et de Vendin-le-Vieil ont été conçus pour accueillir des détenus particulièrement dangereux, souvent placés à l’isolement pour prévenir tout risque d’évasion. Mais plusieurs incidents récents, dont des agressions de surveillants et des mouvements de grève dans l’administration pénitentiaire, ont mis en lumière les tensions internes et les limites du modèle ultra-sécuritaire.

L’affaire Rédoine Faïd pourrait ainsi devenir un cas de référence dans le débat sur la proportionnalité de l’isolement carcéral et sur la responsabilité de l’État en matière de santé mentale des détenus. Elle interroge plus largement sur la capacité de l’institution pénitentiaire à concilier impératif de sécurité et respect des droits fondamentaux…

Que retenir rapidement ?

Le tribunal administratif de Caen a suspendu le placement à l’isolement du braqueur multirécidiviste Rédoine Faïd, détenu dans la prison ultra-sécurisée de

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