Cimetière d’enfants harkis de Rivesaltes : des familles portent plainte 
Cimetière d’enfants harkis de Rivesaltes : des familles portent plainte 

C’est une plainte lourde de sens et de mémoire. Plusieurs familles d’anciens harkis ont saisi la justice pour « violation de sépulture » et « recel de cadavre », après avoir découvert que des dizaines de corps d’enfants morts dans les années 1960 au camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) avaient disparu.

Des sépultures vides et des familles dans l’ombre

Au moins 146 personnes, dont 101 enfants, sont mortes dans le camp Joffre entre 1962 et 1965, période durant laquelle environ 22 000 harkis et leurs proches y ont été internés après l’indépendance de l’Algérie. Mais aujourd’hui, les corps de 60 d’entre eux – dont 52 bébés – restent introuvables. À l’automne 2024, des fouilles ont permis d’identifier des tombes sur l’ancien site. Mais à l’ouverture, les sépultures sont vides. La stupeur s’est muée en colère le 21 février dernier, lorsque la ministre des Anciens combattants, Patricia Miralles, annonce que les corps ont été déplacés… en 1986.

Une plainte contre X visant l’État et la mairie

Pour les familles, ce transfert s’est fait en catimini, sans jamais les informer. Leur avocat, Antoine Ory, dénonce une responsabilité partagée entre la mairie de Rivesaltes, l’État et le département, soupçonnés d’avoir « sciemment organisé » la relocalisation des dépouilles dans un lieu toujours inconnu. « Ce qu’on veut savoir, c’est pourquoi cela a été fait dans le secret, et surtout, où sont aujourd’hui les corps », résume Me Ory. La plainte vise à établir les responsabilités dans ce déplacement et à obtenir des réponses sur ce qu’il qualifie d’effacement silencieux d’une mémoire collective. À Rivesaltes, le traumatisme des harkis se double désormais d’un nouveau combat : celui pour retrouver les tombes de leurs enfants et réclamer, près de soixante ans plus tard, vérité et dignité.

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