Par Jérôme Goulon.
Il y a huit ans, le 5 décembre 2017, Johnny Hallyday nous quittait. À cette occasion, Entrevue vous fait (re)découvrir une interview cultissime que le rockeur avait donné à Thierry Ardisson en 1983, que l’animateur avait par la suite publié en exclusivité dans Entrevue, peu après voir fondé le magazine. Le chanteur s’y dévoilait comme jamais, sans aucun filtre. Alors que Thierry Ardisson nous a quittés cette année, rejoignant Johnny, cette incroyable interview prend une dimension toute particulière. Une entrevue comme on n’en voit plus aujourd’hui, à déguster sans modération…
Thierry Ardisson : Salut. C’est quoi ton vrai nom ?
Johnny Hallyday : Jean-Philippe Smet. C’est le nom le plus banal en Belgique. ( Son père était belge, Ndlr. )
Johnny, ça vient d’où ?
Lee Hallyday, mon père adoptif, n’arrivait pas à prononcer mon prénom. C’est comme ça que je suis devenu « Johnny ». Et quand j’ai commencé à chanter, j’ai gardé son nom.
Tu as une carte verte pour travailler en France ?
Je suis français. Je paye mes impôts en France ! J’ai eu la double nationalité jusqu’à 19 ans. Au service militaire, j’ai dû choisir.
Date de naissance ?
15 juin 1943, dans une clinique, rue Clauzel.
« J’ai le même problème qu’Eddy Mitchell : quand je veux maigrir, j’arrête de picoler… »
Taille ?
Je mesure 1,85 m, pour 73 kilos. Mais je peux varier de 67 kg à 80 kg. J’ai le même problème qu’Eddy Mitchell : quand je veux maigrir, j’arrête de picoler… Vous savez qu’un verre de whisky vaut un steak… Alors, quand tu bois, disons, une bouteille par jour, ça fait comme si tu mangeais 20 steaks !
Les dents, sur 32, il t’en reste combien aujourd’hui ?
Quinze d’origine. Il y en a cinq ou six qui sont parties dans un accident de moto, et le reste dans l’accident de voiture avec Sylvie.
Et ta couleur de cheveux, c’est la vraie ?
Maintenant, c’est la vraie. Mais pendant 15 ans, je me suis décoloré.
Les yeux ?
J’ai de bons yeux bleus.
À part tes 17 dents en porcelaine, tu as quoi comme signes particuliers ?
Cinq balafres !
On t’écoute…
Un jour, j’avais 12 ans, j’étais dans la Traction Avant de Lee. Vous savez, à l’époque, les portières s’ouvraient à l’envers et la mienne était mal fermée. À 100 à l’heure, le vent s’est engouffré, j’ai été happé, j’ai roulé sur les gravillons. La cicatrice que j’ai dans le dos, c’est une bagarre quand j’avais 14 ans, une connerie, un coup de lame d’un gars du Sacré-Cœur, une histoire de gonzesse. À la main droite, c’est un accident de patin à glace avec Long Chris en 1959 ! Au pied gauche, c’est une brûlure, c’est quand je suis tombé de moto à 160 km/h : mon pied s’est coincé contre le pot d’échappement. La cinquième cicatrice, c’est la hanche : 25 centimètres, 37 points de suture. Un coup de hache !
C’est quand tu t’es pris pour Mad Max au Palais des Sports ?
J’ai oublié un mouvement et la hache m’a frappé la hanche. Elle n’était pas tranchante et ça ne m’a enlevé qu’un petit bout de fémur.
Tu n’auras de de problème pour le lifting…
Je me ferai jamais tirer la peau ! Pas d’implants non plus : le mec qui s’occupe de Sardou, Jacques Revaux, ses implants, on dirait des poils de cul sur la tête !
Il y en a un qui ne s’est pas fait de cheveux blancs pour toi, c’est ton père…
J’avais deux mois, il est descendu acheter du beurre et il a fait le coup des allumettes. Il n’est jamais revenu !
Il vivait de quoi ?
Il présentait une émission à la télé belge. Comme il arrivait bourré, ils ont fini par le virer. Il est tombé un peu plus dans la bouteille. Mon père, j’ai des nouvelles chaque fois qu’il a besoin de pognon. La dernière fois, c’était une carte postale de Singapour.
« Ma mère était mannequin, et comme elle n’avait pas le temps de s’occuper de moi, elle m’a confié à ma tante. »
Grâce à Dieu, tu avais ta maman…
Ma mère était mannequin, et comme elle n’avait pas le temps de s’occuper de moi, elle m’a confié à ma tante : donc j’ai dû voir ma mère sept-huit fois jusqu’à l’âge de 16 ans !
Tu as des frères ?
Deux demi-frères.
Ils font quoi comme métier ?
J’ai un peu honte… Euh… Inspecteurs… des impôts… Tous les deux.
Ils ont rien pu faire pour toi ?
Les impôts, tu finis toujours par les payer.
Et l’école ?
J’ai 40 ans, et je suis en tournée depuis 38 ans ! Quand j’étais petit, je suivais les cours pas correspondance de l’Ecole des Artistes. Mais à cette époque-là, j’ai surtout appris à déchiffrer le solfège, écrire la musique et jouer de la guitare. Quand j’ai eu 14 ans, on est venu à Paris, c’est là que j’ai laissé tomber les études… J’avais même pas le certif’. C’était l’époque de Graine de Violence.
À quelle bande de blousons noirs appartenais-tu ?
À la bande des la Trinité. Il y avait Jacques Dutronc, Hadi Kalafat, Françoise Hardy… On essayait de jouer aux durs.
Dis-moi la vérité, est-ce que Jacques Dutronc flirtait déjà avec Françoise ?
Il était trop timide ! Par contre, moi j’aurais bien aimé, mais elle n’a pas voulu.
Et Eddy Mitchell, tu l’as connu quand ?
Au Golf Drouot, comme Long Chris. À cette époque, Eddy et moi, on était dans des bandes différentes. Un jour où il m’a piqué en train de faucher des disques de Bill Haley dans une surboum. Il m’a foutu son poing dans la gueule.
C’est au Golf Drouot que tu as commencé ?
Non, c’est à L’Orée du Bois : je chantais Davy Crockett avec une Ohio et des pompes en daim rouge.
Tu étais bagarreur ?
Moi, quand on me cherche, comme je n’aime pas recevoir de coups sur la gueule, je cogne le premier.
« Je fume trois paquets de Gitanes sans filtre par jour. Mon record, c’est quatre ! »
Les clopes, ça fait pas du bien non plus…
Surtout que je fume trois paquets de Gitanes sans filtre par jour. Mon record, c’est quatre ! Là, j’essaie de redescendre à un et demi.
Tu n’as jamais eu le courage d’arrêter ?
Si, une fois, j’ai arrêté. Au bout de deux mois, je me suis aperçu que ma voix avait changé, et comme je devais enregistrer Le bon vieux temps du rock’n’roll, j’ai repiqué au truc…
Tu fumes du shit ?
J’ai fumaillé quatre-cinq ans. J’ai arrêté : je bouffais trop.
Tu aurais dû prendre de la coke, ça coupe l’appétit !
C’est la voix que ça me coupait. J’en ai quand même pris pendant trois-quatre ans.
LSD ?
Jamais. J’ai vu Vince Taylor qui n’est jamais redescendu, ça m’a aidé à garder les pieds sur terre… Comme pour l’héroïne : j’étais très copain avec Jimi Hendrix et j’ai vu sa déchéance petit à petit… J’ai jamais essayé, même pas un sniff comme ça pour voir…
À l’époque où tu picolais, tu tenais combien ?
Une bouteille de scotch. Sans être bourré. Par contre, si je bois trois ou quatre whiskies, plus le pinard à table et, disons, deux ou trois vodkas, là, je suis fait comme un rat. Les mélanges, ça me torche. En ce moment, je picole pas, je bois du pinard.
« J’allais au catéchisme, jusqu’au jour où le curé de mon quartier m’a foutu la main au cul. »
Tu vois Dieu au bout de combien de verres ?
J’ai été baptisé, mais le jour de la première communion, j’étais en tournée. J’allais au catéchisme, jusqu’au jour où le curé de mon quartier m’a foutu la main au cul.
Insinuerais-tu que ce prêtre ait eu des désirs troubles à ton endroit ?
À mon endroit, je sais pas, mais à mon envers, sûrement !
Raconte-nous la vraie histoire de Johnny et Sylvie…
J’avais 17 ans, j’étais amoureux d’elle, et puis les choses de la vie ont fait que dès 18 ans, ça allait plus. On s’est sans doute mariés trop jeunes.
Et aujourd’hui, ton fils ne te manque pas ?
Je le vois de temps en temps. Sylvie est une bonne mère. Normal qu’elle en ait la garde. Je lui ai aussi laissé une maison de 500 briques.
Et ton mariage avec Babeth ?
Ça, ce n’était valable que dans l’État de Californie et il a duré deux mois.
T’étais bourré ?
Je ne sais pas, je voulais me fixer, avoir un enfant. De toute façon, elle pouvait pas en avoir.
C’est pas comme Nathalie Baye, il faudra l’épouser…
On veut vivre comme si on était mariés, mais on ne veut pas se marier.
« Moi, ce que j’aime, c’est draguer, et il faut que ce soit difficile. »
Laquelle des trois trouves-tu la plus jolie ?
C’est con comme question. Moi, ce que j’aime, c’est draguer, et il faut que ce soit difficile. Avec Nathalie, ça a pris un mois et demi, c’est comme ça que je me suis accroché.
Et si on parlait de tes problèmes d’argent…
J’ai dû payer tous mes arriérés d’impôts, plus 50% de majoration. Résultat : je dois 500 briques à ma maison de disques. Je suis salarié chez Phonogram.
Tu as besoin de combien par moi s ?
J’ai besoin de six briques. Deux pour les traites de la maison, deux pour la pension de Sylvie, un peu d’argent pour mon père et un peu pour moi.
Combien tu as claqué depuis que tu gagnes du fric ?
J’ai dû claquer au moins quatre ou cinq milliards ( l’équivalent de 10 millions d’euros actuels, Ndlr. ) Tu sais, ça file vite…