DAKAR/TORONTO – Un hélicoptère de l’armée malienne a évacué jeudi des lingots d’or du complexe minier Loulo-Gounkoto, exploité par Barrick Gold, ont révélé trois sources proches du dossier. Ce transfert intervient alors que la société canadienne est engagée dans un bras de fer judiciaire avec l’État malien au sujet de ses opérations suspendues depuis janvier.
Selon les témoignages recueillis, l’appareil militaire, peint en marron et vert, a atterri en matinée sur la piste du site situé dans l’ouest du pays. Escortés par la sécurité de la mine, les passagers ont été conduits à l’usine où se trouve la salle d’or. Cinq heures plus tard, l’hélicoptère est reparti avec à son bord une tonne de lingots, estimée à environ 107 millions de dollars.
Ce développement survient quelques jours après que Reuters a rapporté les intentions de l’administrateur judiciaire, nommé par un tribunal de Bamako, de vendre une partie de l’or pour relancer les activités. Ce dernier, Soumana Makadji, ancien ministre de la Santé, envisage de financer les opérations de traitement du minerai en mobilisant les stocks d’or existants. L’usine aurait d’ailleurs redémarré sa production lundi, sans que l’extraction proprement dite ait encore repris.
Barrick a fermement condamné l’initiative, qualifiant toute vente d’or entreprise par l’administrateur de « non seulement illégitime mais également malavisée ». Le géant minier avait suspendu ses opérations à la mi-janvier après que les autorités maliennes ont bloqué ses exportations, arrêté plusieurs cadres locaux et saisi trois tonnes de lingots. Le différend est désormais porté devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, un organe de la Banque mondiale.
Le contentieux s’inscrit dans le cadre de négociations tendues sur la mise en œuvre d’un nouveau code minier adopté par le gouvernement malien. Ce texte vise à augmenter les prélèvements fiscaux de l’État et à accroître sa participation dans les exploitations minières, dans un pays où l’or représente une part essentielle des recettes d’exportation.
Les autorités maliennes n’ont pas encore commenté ce dernier développement, et Makadji n’était pas joignable jeudi soir. Pendant ce temps, la reprise partielle des activités industrielles sur le site pourrait annoncer un nouveau tournant dans cette affaire à fort enjeu économique et politique.