Le climat rigoureux du Groenland, l’absence d’infrastructures clés et la complexité de sa géologie ont jusqu’à présent empêché toute exploitation industrielle des terres rares sur l’île arctique, malgré l’intérêt stratégique croissant qu’elles suscitent. Même si le président américain Donald Trump parvenait à imposer un contrôle américain sur ce territoire autonome du Royaume du Danemark, ces obstacles structurels resteraient entiers.
Les terres rares sont devenues une priorité pour Washington depuis que la Chine a renforcé l’an dernier ses restrictions à l’exportation, après l’imposition par les États-Unis de droits de douane massifs. L’administration américaine a investi des centaines de millions de dollars pour réduire sa dépendance, et Donald Trump avance de nouveau l’idée que le Groenland pourrait constituer une solution.
Mais sur le terrain, la réalité est bien différente. Si environ 1,5 million de tonnes de terres rares seraient présentes dans le sous-sol groenlandais, la plupart des projets n’en sont encore qu’au stade de l’exploration. Aucun n’a atteint une phase de développement avancée susceptible de déboucher rapidement sur une production commerciale.
Selon plusieurs experts, l’intérêt de Trump pour le Groenland relève avant tout d’enjeux géopolitiques. L’île est stratégiquement située dans l’Arctique, une région où la Russie et la Chine renforcent leur présence. Les éléments comme le néodyme ou le terbium, essentiels aux aimants utilisés dans les véhicules électriques, les éoliennes, les robots ou les avions de combat, pourraient n’être qu’un argument secondaire.
Les difficultés sont multiples. Le Groenland est vaste, faiblement peuplé et quasiment dépourvu de routes ou de voies ferrées. Toute exploitation minière nécessiterait la construction d’infrastructures lourdes, la production locale d’électricité et l’acheminement de main-d’œuvre spécialisée depuis l’étranger. À cela s’ajoutent des contraintes environnementales majeures dans un écosystème arctique fragile, alors que le territoire cherche à développer le tourisme.
Sur le plan géologique, les terres rares du Groenland sont souvent enfermées dans une roche appelée eudialyte, dont l’extraction rentable n’a encore jamais été maîtrisée à grande échelle. Ailleurs dans le monde, ces métaux sont généralement extraits de carbonatites, pour lesquelles des procédés industriels éprouvés existent déjà. De plus, les terres rares sont fréquemment associées à de l’uranium, ce qui complique encore leur exploitation en raison des risques radioactifs.
Même les projets miniers les plus prometteurs à l’échelle mondiale peinent à être rentables, notamment lorsque Pékin inonde le marché pour faire chuter les prix, une stratégie déjà utilisée par le passé pour éliminer la concurrence. Aujourd’hui encore, l’essentiel du raffinage mondial des terres rares se fait en Chine.
Dans ce contexte, de nombreux acteurs du secteur estiment que les États-Unis devraient concentrer leurs efforts sur des projets déjà avancés, situés sur leur territoire ou dans des pays alliés comme l’Australie, plutôt que de miser sur des exploitations hypothétiques au Groenland. Washington soutient déjà des entreprises opérant la seule mine de terres rares active aux États-Unis, ainsi que des sociétés spécialisées dans le recyclage et la fabrication d’aimants.
Pour plusieurs analystes, le Groenland reste ainsi davantage un symbole de rivalités stratégiques dans l’Arctique qu’une solution réaliste et rapide aux besoins mondiaux en terres rares, dans un marché dominé à plus de 90 % par la Chine.