La Thaïlande vote lors d’élections anticipées marquées par une lutte à trois pour le pouvoir (AP)
La Thaïlande vote lors d’élections anticipées marquées par une lutte à trois pour le pouvoir (AP)

Les électeurs thaïlandais se rendent aux urnes dimanche pour des élections législatives anticipées, dans un contexte de croissance économique atone et de regain de sentiment nationaliste. Le scrutin s’annonce comme une course à trois entre des visions politiques concurrentes, portées par des forces progressistes, populistes et conservatrices.

Parmi plus de cinquante partis en lice, seuls trois disposent d’une implantation nationale suffisante pour prétendre à une victoire : le Parti du peuple, le Bhumjaithai et le Pheu Thai. La majorité simple des 500 députés élus désignera le prochain Premier ministre, mais les sondages locaux convergent vers l’hypothèse d’un Parlement sans majorité claire, rendant probable la formation d’un gouvernement de coalition.

Le Parti du peuple, dirigé par Natthaphong Ruengpanyawut, est donné favori pour arriver en tête en nombre de sièges. Héritier du parti Move Forward, dissous après avoir remporté les élections de 2023 sans pouvoir former un gouvernement, il continue de défendre des réformes profondes de l’armée, de la police et de la justice. Sous la pression du cadre légal, il a toutefois mis de côté ses propositions de réforme de la loi protégeant la monarchie, recentrant son discours sur les enjeux économiques. Ce repositionnement vise à élargir son électorat, au risque d’affaiblir son socle militant.

Face à lui, le Bhumjaithai, conduit par le Premier ministre sortant Anutin Charnvirakul, apparaît comme le principal représentant du courant conservateur proche de l’establishment royaliste et militaire. Arrivé au pouvoir en septembre dernier après la chute du gouvernement précédent, Anutin a dissous le Parlement en décembre pour devancer une motion de censure. Les tensions frontalières avec le Cambodge lui ont permis de se présenter comme un dirigeant en temps de crise, recentrant sa campagne sur la sécurité nationale et la relance économique. Le parti s’appuie également sur des réseaux locaux solides, notamment dans le nord-est du pays, où les pratiques de patronage politique restent influentes.

Le Pheu Thai, formation associée à l’ancien Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra, mise sur un programme populiste axé sur la reprise économique. Longtemps dominant de la scène politique, ce courant a connu de multiples retours au pouvoir avant d’être à nouveau fragilisé par des décisions judiciaires. Pour ce scrutin, le parti a choisi comme candidat au poste de Premier ministre le neveu de Thaksin, Yodchanan Wongsawat, et promet des mesures de soutien direct aux ménages, dont des aides financières.

En parallèle des législatives, les électeurs sont appelés à se prononcer par référendum sur l’opportunité de lancer un processus de révision de la Constitution de 2017, rédigée sous l’égide de l’armée. Le vote ne porte pas sur un texte précis, mais sur l’autorisation donnée au Parlement d’entamer une procédure de rédaction, étape préalable à d’éventuels changements institutionnels. Les mouvements pro-démocratie y voient un levier pour réduire l’influence des institutions non élues, tandis que les conservateurs mettent en garde contre les risques d’instabilité.

Le scrutin de dimanche pourrait ainsi ouvrir une nouvelle phase d’incertitude politique en Thaïlande, alors que les alliances post-électorales s’annoncent déterminantes pour la formation du prochain gouvernement.

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