Les autorités iraniennes ont commencé à recouvrir d’asphalte une section du plus grand cimetière de Téhéran, où reposaient depuis plus de quatre décennies des milliers de victimes des exécutions massives qui ont suivi la révolution islamique de 1979. Le site, connu sous le nom de Lot 41 au cimetière Behesht-e Zahra, est en cours de réaménagement en parking, selon des images satellites et des déclarations officielles.
Cette zone, longtemps surveillée par des caméras pour empêcher tout rassemblement commémoratif, avait déjà fait l’objet de destructions et de profanations de pierres tombales. Les autorités locales ont confirmé que l’espace était réorganisé pour accueillir un parking destiné aux visiteurs d’une parcelle voisine où doivent être enterrées des victimes récentes de la guerre avec Israël.
Des chercheurs estiment que Lot 41 abritait entre 5 000 et 7 000 tombes de personnes exécutées dans les années qui ont suivi la révolution, parmi lesquelles des opposants politiques, des militants, des monarchistes ou encore des communistes. Les familles, qui recherchent encore les sépultures de leurs proches, dénoncent une tentative délibérée d’effacer la mémoire des victimes.
Des experts de l’ONU avaient déjà accusé l’Iran de détruire des cimetières afin de « dissimuler ou effacer des preuves » pouvant être utilisées contre l’État en matière de crimes contre l’humanité. L’avocat iranien Mohsen Borhani a qualifié cette décision d’« immorale et illégale », rappelant que la loi exige l’accord des familles avant toute réaffectation de terrain funéraire.
Pour les défenseurs des droits humains, cette opération illustre une continuité d’impunité allant des massacres des années 1980 aux répressions sanglantes de mouvements de protestation récents. Le Centre pour les droits humains en Iran, basé à New York, y voit une stratégie visant à empêcher la recherche de justice et à effacer la mémoire collective de ces crimes.
Behesht-e Zahra, immense cimetière inauguré en 1970, est aussi un lieu hautement symbolique : c’est là que l’ayatollah Khomeini s’était rendu à son retour d’exil en 1979. Aujourd’hui, l’effacement du Lot 41 apparaît pour beaucoup comme une nouvelle étape dans la volonté du régime de contrôler le récit de son histoire contemporaine.