Face aux tensions maritimes, le Danemark déploie des voiliers-robots pour surveiller les mers du Nord et Baltique
Face aux tensions maritimes, le Danemark déploie des voiliers-robots pour surveiller les mers du Nord et Baltique

Depuis le port de Koge, au sud de Copenhague, les forces armées danoises ont lancé une opération inédite de surveillance maritime en mettant à l’essai quatre voiliers robotisés sans équipage, appelés « Voyagers ». Ces embarcations de dix mètres de long, qui ressemblent de loin à de simples voiliers ornés du drapeau danois, sont en réalité de véritables plateformes autonomes de surveillance, dotées d’une technologie de pointe.

Fabriqués par l’entreprise américaine Saildrone, basée en Californie, ces voiliers sont propulsés par le vent et alimentés par l’énergie solaire, ce qui leur permet de rester en mer pendant des mois sans intervention humaine. L’objectif de cette phase d’essai de trois mois est de renforcer la capacité de surveillance du Danemark et de l’OTAN dans des zones maritimes sensibles, notamment en mer Baltique et en mer du Nord, où les tensions ont nettement augmenté depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022.

Les voiliers embarquent des capteurs sophistiqués — radars, caméras optiques et infrarouges, sonars, microphones — et sont conçus pour détecter toute activité suspecte, des sabotages d’infrastructures sous-marines aux trafics illicites. Deux d’entre eux ont déjà rejoint une patrouille de l’OTAN le 6 juin, tandis que les deux autres ont été lancés lundi depuis Koge.

Selon Richard Jenkins, fondateur de Saildrone, ces navires autonomes apportent une solution économique et efficace à la surveillance continue d’espaces maritimes peu couverts. Il les compare à des « camions de capteurs » qui, grâce à l’intelligence artificielle, permettent de scruter l’environnement sur un rayon de 30 à 50 kilomètres. « Il y a énormément d’activités que personne n’observe », souligne-t-il, évoquant la nécessité de mieux protéger les câbles sous-marins et les routes maritimes.

Pour le ministère danois de la Défense, cette expérimentation s’inscrit dans une stratégie de réponse aux actes de sabotage présumés ayant visé des infrastructures critiques. Depuis fin 2023, au moins onze câbles sous-marins ont été endommagés, et le souvenir des explosions de Nord Stream en 2022 reste vif.

Dans ce contexte tendu, où les autorités occidentales pointent régulièrement du doigt la flotte fantôme russe opérant dans l’ombre des sanctions, l’OTAN cherche à établir un système de surveillance maritime en « couches », combinant navires traditionnels, satellites, capteurs de fond marin et drones de surface comme les Voyagers.

« Il est tout simplement trop coûteux de déployer un navire militaire derrière chaque bâtiment russe », explique Peter Viggo Jakobsen, expert militaire à l’École royale de défense danoise. « Ces systèmes autonomes offrent une solution plus économique pour maintenir une vigilance constante. » Le Danemark, en pionnier, explore ainsi une nouvelle ère de surveillance navale adaptée aux menaces hybrides du XXIe siècle.

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