En Iran, une vaste traque nationale pour arrêter les manifestants après la répression sanglante (AP)
En Iran, une vaste traque nationale pour arrêter les manifestants après la répression sanglante (AP)

Les agents de sécurité iraniens ont frappé au cœur de la nuit. À 2 heures du matin, plusieurs voitures se sont arrêtées devant le domicile de la famille Nakhii, à Téhéran. Les sœurs Nyusha, 37 ans, et Mona, 25 ans, ont été réveillées, contraintes de livrer les mots de passe de leurs téléphones, puis emmenées. Selon une amie ayant témoigné sous couvert d’anonymat, elles sont accusées d’avoir participé aux manifestations nationales qui ont secoué l’Iran quelques jours plus tôt.

Depuis l’écrasement du mouvement de protestation le mois dernier, des arrestations similaires se multiplient dans tout le pays. Des descentes ont été signalées dans les grandes villes comme dans les localités rurales, révélant une traque d’ampleur nationale. Étudiants, médecins, avocats, enseignants, artistes, chefs d’entreprise, athlètes et cinéastes figurent parmi les personnes interpellées, tout comme des figures réformatrices proches du président Masoud Pezeshkian. Les détenus sont souvent maintenus au secret pendant des jours, voire des semaines, sans accès à leurs proches ni à un avocat, selon des militants.

L’agence Human Rights Activists News Agency, basée aux États-Unis, évoque plus de 50 000 arrestations, un chiffre que l’Associated Press n’a pas pu vérifier de manière indépendante. Le suivi des détenus est rendu difficile par les coupures d’internet imposées par les autorités, qui limitent la circulation des informations. Un autre groupe, le Committee for Monitoring the Status of Detained Protesters, affirme avoir confirmé l’identité de plus de 2 200 personnes arrêtées, dont 107 étudiants, 82 mineurs âgés de seulement 13 ans, 19 avocats et 106 médecins.

Les autorités auraient exploité les caméras municipales, les systèmes de vidéosurveillance de commerces et des images de drones pour identifier les manifestants et remonter jusqu’à leur domicile ou leur lieu de travail. Les protestations, déclenchées fin décembre par la flambée des prix, ont culminé les 8 et 9 janvier, lorsque des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de plus de 190 villes et localités.

La répression a été particulièrement violente. Selon Human Rights Activists News Agency, plus de 7 000 personnes auraient été tuées, un bilan contesté par le gouvernement iranien, qui a annoncé le 21 janvier un chiffre officiel de 3 117 morts. Le chef du pouvoir judiciaire, le religieux conservateur Gholamhossein Mohseni Ejehi, a qualifié les manifestants de « terroristes » et appelé à des procédures accélérées.

Les deux sœurs Nakhii ont d’abord été transférées à la prison d’Evin, à Téhéran, avant d’être déplacées vers la prison pour femmes de Qarchak, connue pour ses conditions de détention difficiles. D’autres familles restent sans nouvelles de leurs proches, comme celle d’Abolfazl Jazbi, arrêté le 15 janvier à Ispahan, ou d’Atila Sultanpour, interpellé à son domicile à Téhéran. Des comptes bancaires auraient été gelés, des cartes SIM bloquées et des biens confisqués, selon des avocats iraniens basés à l’étranger.

Malgré la répression, des signes de défiance persistent. L’Association des écrivains d’Iran a dénoncé un soulèvement contre « 47 ans de corruption systémique et de discrimination ». Des organisations d’enseignants ont exhorté les familles à rendre publics les noms des enfants arrêtés. Sur le plan international, le président américain Donald Trump a déployé un porte-avions et d’autres moyens militaires dans le golfe Persique, laissant entendre que Washington pourrait agir en cas d’exécutions massives ou de nouvelles violences. Les autorités iraniennes, qui ont déjà surmonté des vagues de contestation et des pressions américaines, ont de leur côté organisé des rassemblements pro-gouvernementaux à l’occasion de l’anniversaire de la révolution islamique de 1979, affichant leur détermination à conserver le contrôle.

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