Après des décennies de stabilité relative, des millions d’Égyptiens redoutent aujourd’hui de perdre leur logement. En juillet, le Parlement a adopté une réforme majeure mettant fin aux plafonds de loyers qui, depuis des générations, permettaient aux locataires et à leurs héritiers d’occuper indéfiniment leur habitation à des prix symboliques.
Parmi eux, Khaddara Ibrahim Ali, 84 ans, habitante d’un petit appartement du centre du Caire, ne paie que 11 livres égyptiennes par mois (soit 0,23 dollar) pour un logement qu’elle occupe depuis un demi-siècle. Dans un pays confronté à une inflation galopante et à la réduction des subventions, ce loyer dérisoire constituait sa seule certitude budgétaire. Désormais, comme des millions d’autres locataires, elle craint une hausse brutale des loyers, voire l’expulsion.
La nouvelle loi, la plus vaste réforme du secteur locatif en plusieurs décennies, met fin à un système souvent critiqué par les propriétaires, qui estimaient que les loyers bloqués ne couvraient plus les coûts d’entretien et de rénovation. Pour beaucoup d’entre eux, la réforme représente un soulagement attendu depuis longtemps.
Le gouvernement a promis de mettre en place des dispositifs d’aide au logement pour les ménages les plus vulnérables. Mais les critiques doutent de l’efficacité de ces mesures face à l’ampleur du problème, dans un pays où des millions de familles modestes dépendent du marché locatif.
Alors que les prix des biens de consommation continuent de grimper et que le chômage pèse lourdement sur les ménages, la fin des loyers encadrés risque d’aggraver la précarité. Dans les rues du Caire, l’angoisse est palpable : « Où vais-je aller ? », s’interroge Mohammed, un commerçant dont la famille vit depuis des décennies dans le même appartement du centre-ville.
Cette réforme, censée moderniser le marché immobilier, pourrait donc se transformer en une crise sociale majeure, touchant de plein fouet les plus démunis.