L’Allemagne n’est « pas à égale distance » des États-Unis et de la Chine et restera plus proche de Washington, malgré les tensions récentes, a déclaré lundi à Singapour le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul. Ses propos visent à clarifier la ligne diplomatique de Berlin dans un contexte de recomposition des équilibres stratégiques mondiaux.
S’exprimant lors d’une conférence de l’Institut international d’études stratégiques, le chef de la diplomatie allemande a souligné que les États-Unis demeurent le partenaire le plus important pour l’Europe et pour l’Allemagne. Il a rappelé que le continent reste dépendant de Washington pour sa sécurité, même si des différends actuels « éloignent » les États-Unis de la région européenne.
Les relations transatlantiques ont été mises à l’épreuve ces derniers mois par les critiques de responsables de l’administration du président américain Donald Trump, qui reprochent aux pays européens de ne pas respecter les objectifs de dépenses de l’OTAN et de trop compter sur les États-Unis pour leur défense. Ces tensions ont ravivé le débat en Europe sur la nécessité de renforcer l’autonomie stratégique du continent.
Johann Wadephul a toutefois mis en garde contre un rapprochement irréfléchi avec la Chine. « Aller à bras ouverts vers le président Xi Jinping en disant que tous nos problèmes ont disparu et que nous sommes sur le point de devenir votre grand partenaire serait une erreur », a-t-il déclaré. Cette mise en garde intervient alors que certains pays occidentaux, comme le Canada et le Royaume-Uni, ont récemment conclu des accords commerciaux avec Pékin, malgré les réserves exprimées par Washington.
Les relations entre l’Europe et les États-Unis ont également été ébranlées par les déclarations de Donald Trump sur une possible prise de contrôle du Groenland. Bien que le président américain ait depuis retiré sa menace d’imposer des droits de douane supplémentaires et exclu tout recours à la force, cet épisode a accéléré les réflexions européennes sur la réduction de leur dépendance stratégique vis-à-vis de Washington.
Pour Johann Wadephul, la réponse unie de l’Europe face aux revendications américaines sur le Groenland démontre toutefois la capacité du continent à défendre ses intérêts, à condition de définir clairement ses « lignes rouges ». Il a insisté sur l’importance d’une cohésion européenne accrue dans les dossiers stratégiques.
Le ministre a enfin mis en avant le rôle central du réseau d’accords de libre-échange de l’Union européenne, qu’il a qualifié d’« élément fondamental » d’un commerce international fondé sur des règles, à une époque marquée par la montée du protectionnisme. Selon lui, Bruxelles cherche à conclure rapidement de nouveaux accords dans la région Asie-Pacifique, notamment avec la Malaisie, la Thaïlande, les Philippines et l’Australie.