La première édition du prix Gouincourt a été dévoilée le 7 novembre 2025, honorant quatre autrices francophones d’ouvrages identifiés comme entrant dans la catégorie de la littérature lesbienne : Fatima Daas (Jouer le jeu, de l’Olivier), Wendy Delorme (Le Parlement de l’eau, Cambourakis), Nelly Slim (Entre ici et avant il y a la mer, Hystériques & AssociéEs) et Sabrina Calvo (Mais cette vie‑là demande toujours plus de lumière, éditions du commun). Ce prix a été créé spécifiquement pour donner plus de visibilité à une littérature jusque‑là peu mise en avant, selon ses initiateurs.
Une cérémonie, un enjeu, un horizon
Le prix Gouincourt adopte les codes classiques d’un grand prix littéraire : dîner de délibération, cérémonie publique, bandeau promotionnel sur l’ouvrage lauréat. Il se déroule au Point Éphémère à Paris, dans le 10ᵉ arrondissement, dans une ambiance mêlant quiz littéraires et lectures d’extraits. Organisé par Lesbien Raisonnable (média fondé par Lauriane Nicol) et le chercheur en littératures queer Alex Lachkar, ce prix se veut à la fois un marqueur d’inclusion : « Tout le monde peut lire de la littérature lesbienne. Tout le monde devrait en lire, parce qu’elle est fantastique », explique Alex Lachkar dans Le Monde. L’objectif est double : offrir une reconnaissance autonome à ce champ éditorial, et susciter la curiosité de lecteurs plus larges.
La sélection de cette première édition rassemble des maisons d’édition très variées, dont majoritairement des structures indépendantes, ce qui témoigne d’une réalité éditoriale où la littérature lesbienne reste peu représentée auprès des grandes maisons. Selon Alex Lachkar, « le monde de l’édition reproduit les discriminations qu’on voit dans la société de manière générale », rapporte Franceinfo. Le budget de fonctionnement du prix est de 5 000 euros, soutenu par l’association Label Gouine* et le Fonds de dotation Lesbiennes d’intérêt général.
À quoi définit‑on la « littérature lesbienne » ?
La définition même du champ est tout sauf figée. Pour Lauriane Nicol et Alex Lachkar, il ne s’agit pas simplement d’un roman écrit par une personne lesbienne, mais d’un ouvrage qui aborde un personnage lesbien ou un récit en lien avec cette identité et qui est reconnu comme tel par son lectorat. Ainsi, les ouvrages primés racontent des histoires de femmes, de désirs, d’amitiés ou de maternités dans une perspective lesbienne. Les thèmes sont résolument contemporains et transversaux : par exemple, l’un des livres porte sur l’école et la domination adulte, un autre sur l’écologie ou les jeux vidéo.
La création du prix s’inscrit dans le constat que, malgré l’existence de dizaines de prix littéraires en France, aucun ne mettait spécifiquement en lumière la littérature lesbienne. En réaction, Nicol et Lachkar ont conçu le prix comme un miroir du célèbre Goncourt, tant dans la forme que dans le nom « Gouincourt » jouant sur la contraction de « gouine » et « Goncourt ». Le prix souhaite ainsi établir un espace visible pour des livres susceptibles de toucher un public élargi.