La Bibliothèque nationale de France s’est lancée dans une course contre la montre : réunir d’ici au 31 décembre les fonds nécessaires pour acquérir un ensemble exceptionnel de manuscrits de Marcel Proust.
Confiés à Sotheby’s par les héritiers de Suzy Mante-Proust, nièce de l’écrivain, ces 900 lots, estimés à 7,7 millions d’euros, couvrent toute la palette de la création proustienne : brouillons inédits de Jean Santeuil et de À la recherche du temps perdu, poèmes, pastiches, lettres, dessins, travaux scolaires et même une pièce de théâtre écrite à 13 ans.
Pour la BnF, l’enjeu est capital. Réunis aux acquisitions réalisées depuis 1962, ces manuscrits porteraient à 95% la part des archives proustiennes conservées en France. Un patrimoine qui, sans cette mobilisation, risquerait de s’éparpiller sur le marché international. « Rien n’est gagné, mais le rayonnement mondial de Marcel Proust nous permet d’être optimistes », a assuré le président de la BnF, Gilles Pécout.
De la madeleine aux paperolles
Le fonds contient des trésors inédits, comme de nouvelles versions de la scène de la madeleine ou des pages complétant les lacunes de la collection déjà détenue par la BnF. S’y ajoutent des paperolles, ces feuillets collés par l’écrivain au fil de ses manuscrits, qui permettront de reconstituer des ensembles fragmentés au fil du temps.
Certaines pièces prêtent à sourire, à l’image d’un 4/20 attribué par un professeur de philosophie au jeune Proust, jugé trop « pâteux » dans son style. Mais l’essentiel reste la valeur patrimoniale de ces documents, qui viendraient consolider le gisement majeur déjà constitué par les dons et acquisitions successives de la BnF depuis plus d’un demi-siècle.
L’appel s’adresse aux particuliers comme aux entreprises, avec possibilité de déduction fiscale. En cas de succès, l’ensemble serait restauré, mis à disposition des chercheurs et, à terme, numérisé pour un accès libre au public. Une manière d’éviter la dispersion d’un dernier grand fonds encore en mains privées et d’ancrer en France une part essentielle de la mémoire littéraire mondiale.