C’était un 12 décembre - Naissance de Gustave Flaubert
C’était un 12 décembre - Naissance de Gustave Flaubert

Le 12 décembre 1821, naît à Rouen celui qui deviendra l’un des romanciers les plus exigeants et les plus influents de la littérature française : Gustave Flaubert. Enfant sensible, solitaire et déjà passionné de lecture, il grandit dans l’enceinte même de l’Hôtel-Dieu où son père est chirurgien-chef. Cette proximité précoce avec la souffrance humaine, et l’ennui profond que lui inspire la vie provinciale, nourrissent une imagination ardente qui ne cessera d’exiger une discipline absolue. Flaubert, qui se définit lui-même comme « un homme-plume », consacrera sa vie au culte du style, au point de faire de l’exactitude et de la rigueur une véritable éthique littéraire.

Un début de vie marqué par les révélations et les ruptures

Très tôt, Flaubert affirme son aspiration à devenir écrivain. À quinze ans, il découvre la passion amoureuse en rencontrant Élisa Schlésinger, dont l’image obsédante inspirera plus tard l’Éducation sentimentale. Renvoi du collège, voyages initiatiques, premières œuvres lyriques nourries de romantisme : le jeune homme cherche sa voie mais refuse déjà toute médiocrité. En 1844, une crise nerveuse aujourd’hui identifiée comme épileptique interrompt brutalement ses études de droit. Libéré de toute obligation professionnelle, il se retire à Croisset, près de la Seine, où il pourra enfin se consacrer entièrement à l’écriture.

C’est là qu’il commence à élaborer une conception austère et presque monastique de son art. « Je ne ferai que dire la vérité, mais elle sera horrible, cruelle et nue », écrit-il. Cette exigence, Flaubert la pousse jusqu’au sacrifice, passant des heures à retravailler une phrase, testant à voix haute son rythme dans son célèbre « gueuloir ».

L’entrée fracassante dans la modernité littéraire

En 1851, revenu d’un long voyage en Orient avec Maxime du Camp, Flaubert entreprend le roman qui révolutionnera le genre : Madame Bovary. Inspiré d’un fait divers normand, rédigé avec une minutie presque scientifique, le livre impose une nouvelle manière d’écrire : pas de sujets nobles ou ignobles, mais l’observation implacable du réel, la distance du narrateur, la perfection d’un style qui se veut impersonnel.

Publié en 1856, le roman provoque un scandale et vaut à son auteur un procès pour immoralité. Acquitté, Flaubert voit son œuvre couronnée de succès : le réalisme vient de trouver son maître.

Il poursuit avec Salammbô (1862), fresque antique nourrie d’érudition, puis avec une réécriture monumentale de L’Éducation sentimentale (1869), roman de la désillusion politique et amoureuse. Son ambition, immense, est de faire tenir chaque livre « comme la terre en l’air, par la seule force interne du style ».

Les dernières années : désillusions, rigueur et héritage

Après 1870, Flaubert traverse une période sombre : la mort de ses proches, des difficultés financières, la maladie. Il publie malgré tout La Tentation de saint Antoine (1874) et les Trois Contes (1877), chefs-d’œuvre de concision et d’équilibre. Il consacre enfin ses forces à Bouvard et Pécuchet, satire encyclopédique de la bêtise humaine, qu’il laisse inachevée à sa mort, le 8 mai 1880.

Solitaire, austère, intransigeant, Flaubert laisse une œuvre dont l’impact est immense. Sa recherche obsessionnelle du mot juste inspirera Maupassant, marquera profondément Proust et influencera durablement les romanciers du XXe siècle. « Madame Bovary, c’est moi », disait-il phrase peut-être apocryphe, mais qui résume à la perfection ce mélange de lucidité, de désespoir et de passion qui fait de lui un géant de la littérature.

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