Le psychanalyste Joseph Agostini fait paraître Premières Dames sur le divan (Dunod), un ouvrage captivant où il décrypte en quoi les femmes de président ont chacune à leur tour, révélé leurs époques respectives. Pour lui, pas de doute : Brigitte Macron est le fantasme de l’époque que nous vivons.
Jérôme Goulon : En quoi la rumeur qui concerne la femme de notre Président est-elle symptomatique du monde dans lequel nous vivons ?
Joseph Agostini : La transidentité est au centre du débat public, avec la critique acerbe du wokisme, la question de l’opération chirurgicale des personnes trans avant leur majorité… Ce n’est pas la première fois de l’Histoire qu’une Première Dame a représenté, à son insu, un thème majeur de la société de son temps.
Quels sont les autres exemples que vous racontez dans votre livre ?
Il y a eu neuf first ladies dans la Ve République et toutes, sans exception, ont symbolisé leur époque. Prenez Yvonne de Gaulle, elle lavait les chaussettes de son mari dans l’évier et ne s’est jamais fait photographiée de son propre fait. Elle incarnait la bonne ménagère dévouée. Prenez Claude Pompidou, elle est l’icône de l’après-68, femme qui fume, qui aime les grosses voitures, qui invite les artistes contemporains au Palais de l’Elysée. Prenez Danielle Mitterrand, femme engagée, qui ose dénoncer les dictatures et qui subit des pressions diplomatiques. On a voulu la faire taire car elle voulait s’exprimer et que son mari l’y autorisait !
Brigitte Macron est accusée d’être un homme, elle intente un procès, elle est rattrapée par cette rumeur avec une déclaration d’impôt mentionnant le nom de son frère à la place du sien: cela ressemble à une malédiction...
Je dirais que ça ressemble à une obsession sociétale. La question du changement de genre, c’est une fixation. Nous savons bien que le pourcentage de personnes qui y ont recours est infinitésimal. Dommage que Brigitte Macron n’ait pas ri de cela en défendant justement les personnes trans, en dédramatisant le sujet. Cela aurait sûrement calmé les esprits. Là, en se braquant, elle donne du grain à moudre à ses détracteurs. Elle excite les haines.
Autre sujet qui fait parler, c’est sa différence d’âge avec son mari. La relation avec Emmanuel Macron est elle fondée sur un rapport de mère à fils selon vous ?
Pas forcément, je dirais un rapport libéré entre un homme non conformiste et une femme émancipée après la mort de ses parents, qui s’est autorisée à vivre l’amour.
D’un point de vue psychanalytique, quel est votre regard sur Carla Bruni, protectrice au côté de son mari Nicolas Sarkozy, au moment où celui-ci apprenait sa peine de prison ?
Carla Bruni est la first lady qui se disait de gauche avant de connaître son mari, qui fait des poésies et des chansons avec ses nouvelles convictions politiques, qui privilégie son style à son éthique. Elle symbolise l’époque de l’essor des réseaux sociaux, des sourires permanents. Elle a une telle distance par rapport à son propre personnage qu’elle est déconcertante.
En 2027, qui sera la Première Dame ?
Un homme ? Plus que jamais, cela devient possible. Que le Président soit une femme ou qu’il soit homosexuel… En tous les cas, à nouveau, la first lady ou le first gentleman sera aux couleurs de l’époque et n’échappera pas aux symptômes douloureux de celle-ci.
