INTERVIEW EXCLUSIVE - Sydney Sweeney, en pleine polémique après la pub pour les jeans American Eagle: "Je m'assure toujours que les marques avec qui je travaille représentent qui je suis ! Elles reflètent différentes facettes de moi-même."
INTERVIEW EXCLUSIVE – Sydney Sweeney, en pleine polémique après la pub pour les jeans American Eagle: « Je m’assure toujours que les marques avec qui je travaille représentent qui je suis ! Elles reflètent différentes facettes de moi-même. »

En pleine polémique suite à la publicité qu’elle a tournée pour les jeans American Eagle, jugée raciste par les wokistes, la star hollywoodienne Sydney Sweeney revient sur grand écran dans Americana, en salles aux États-Unis depuis ce 15 août. À cette occasion, l’actrice et productrice, vue dans Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino, puis révélée grâce aux séries White Lotus et Euphoria, nous a accordés une interview dans laquelle elle revient sur ses débuts, sa carrière, sa vision du milieu, les critiques ou encore la façon dont elle choisit ses partenariat avec les marques, sujet au cœur de la tempête. Interview !

Entrevue : Bonjour Sydney. Vous êtes à l’affiche du film Americana. Quel est le critère qui détermine si un scénario est fait pour vous ou non ?
Sydney Sweeney : Oh, c’est vraiment très variable. En réalité, c’est souvent quand un projet me fait peur qu’il me plaît. Si j’en ai peur, alors c’est celui que je dois faire !

Comment vous préparez-vous pour jouer un personnage ?
On va me critiquer pour ça, mais je n’aime pas répéter. Je n’aime pas planifier. Je n’aime pas que les choses soient figées. J’aime juste savoir dans quel espace je peux travailler, où sont les caméras, et ensuite, on voit ce qui se passe. Parfois, les réalisateurs n’aiment pas ça, donc je dois m’adapter.

Quand on travaille avec des réalisateurs de la trempe de Tarantino, ça ne vous fait pas peur ?
J’aime les défis. Je veux jouer des personnages qui me poussent dans différentes directions. Je veux tout jouer, y compris des rôles qu’on ne m’attend pas à incarner.

Vous êtes l’égérie de nombreuses marques (American Eagle, Giorgo Armani, Miu Miu, Ford, Laneige…) Comment choisissez-vous vos partenariats ? Les valeurs que les marquent véhiculent sont importantes pour vous ? (Pour rappel, la campagne de pub pour les jeans American Eagle a créé la polémique pour son côté anti-woke, Ndlr.)
Je m’assure toujours que les marques avec qui je travaille représentent qui je suis. Chacun de mes partenariats est authentique, en rapport avec ma personnalité !  Par exemple, Miu Miu a été le tout premier défilé de mode auquel j’ai assisté dans toute ma carrière. Et c’est devenu une très belle relation, je travaille avec eux depuis des années. J’adore ce qu’ils font, ils créent les plus belles robes sur mesure, parfaitement adaptées à ma morphologie. Avec Ford, j’ai construit mon propre Bronco ( un 4X4 Ford, Ndlr.) J’adore les voitures. Et avec Laneige, j’utilise vraiment leurs soins pour la peau. Chaque partenariat représente un aspect différent de qui je suis. J’ai l’impression que le métier d’actrice me permet d’explorer qui je ne suis pas, d’essayer différentes vies. En revanche, mes marques partenaires reflètent différentes facettes de moi-même, et ça, c’est vraiment amusant pour moi.

« Dans ce milieu, on ne cesse de parler de solidarité féminine. Mais en réalité, ce ne sont que des mots. »

Est-ce que les critiques vous touchent ? (Sydney Sweeney a été critiquée pour sa plastique de bimbo, tandis qu’à l’inverse, une productrice américaine, Carol Baum, l’a jugée moche et sans talent, Ndlr.)
C’est profondément décourageant de voir des femmes rabaisser d’autres femmes, surtout quand ce sont des femmes accomplies dans notre industrie. Plutôt que de soutenir la nouvelle génération, des jeunes talents qui se battent pour concrétiser leurs rêves, elles préfèrent les critiquer et minimiser tous les efforts qu’elles ont fournis. Franchement, je n’en reviens pas. Dans ce milieu, on ne cesse de parler de solidarité féminine. Mais en réalité, ce ne sont que des mots. Une façade qui cache les coups bas et les mesquineries qu’on s’échange en coulisses.

Le soutien des fans est important pour vous ?
Je suis toujours très heureuse et excitée quand des gens viennent me voir et me racontent ce que Euphoria, White Lotus, ou un autre projet, a signifié pour eux, parce que c’est exactement pour ça que je fais ce métier. Pouvoir me connecter à autant de personnes à travers mes personnages, c’est une expérience magnifique. Il y a même un groupe de personnes que je revois régulièrement à New York, en Italie ou à Paris, et c’est toujours génial de revoir des visages familiers et de les voir grandir en même temps que moi.

Parfois, certains fans peuvent être intrusifs. Avec l’explosion de votre notoriété, comment vivez-vous cela ?
C’est compliqué. Je joue des personnages auxquels les gens s’attachent, donc ils ont l’impression de me connaître, ce que je comprends. Mais moi, je ne les connais pas. Donc ils peuvent ressentir une relation avec moi que moi, je n’ai pas avec eux. C’est quelque chose que je dois gérer, et je suis encore en train d’apprendre. Si vous saviez ce que je reçois comme messages privés. Ce n’est vraiment pas un espace sûr. Il n’y a aucun respect ! (Rires)

Utiliser sa notoriété pour véhiculer des valeurs, c’est important pour vous ?
Je pense qu’il est important de parler des choses qui vous tiennent à cœur et simplement d’utiliser votre voix de manière positive et bienveillante.

Revenons à vos débuts. À quel moment avez-vous su que vous vouliez devenir actrice ?
Oh là là. Vous savez, en grandissant, je vivais en fait dans mon imagination. J’étais toujours dehors, à créer des mondes imaginaires. À l’école, j’écrivais des scénarios sans même savoir ce qu’était un scénario, et je faisais jouer mes amis dans la cour de récréation. Et je crois que lorsque j’ai compris ce que sont les films, les séries, les acteurs, et qu’on pouvait vivre dans des mondes inventés et être plein de personnages différents, c’est ce qui m’a donné envie. Je suis fascinée par tant de films et d’acteurs, mais au fond, c’est l’idée de pouvoir être plus que moi-même qui m’a motivée.

Vous souvenez-vous du premier moment où vous vous êtes dit : «Je mérite ma place dans ce milieu» ?
Je crois que ce sentiment n’est venu que bien plus tard. J’ai toujours eu cette motivation de ne jamais accepter un «Non», même à 10 ans. Mais ce sentiment de «Je suis là, je le mérite, je me sens à ma place», ça ne m’est venu que beaucoup plus tard.

« Pour mes parents, vouloir devenir actrice, c’était comme vouloir devenir princesse. C’était un rêve irréaliste. Ils me disaient que ça me passerait. »

Et à ce moment-là, quelle était pour vous la première étape pour réaliser ce rêve ?
J’étais très jeune, donc je ne connaissais absolument rien de cette industrie. Je venais d’une petite ville, Spokane, dans l’État de Washington, qui n’a rien à voir avec ce milieu, et mes parents non plus n’y connaissaient rien. Pour eux, vouloir devenir actrice, c’était comme vouloir devenir princesse. C’était inatteignable, un rêve irréaliste. Ils me disaient que ça me passerait. Et un jour, à 10 ans, un petit film indépendant est venu tourner dans ma ville, j’ai découvert ça, et j’ai vraiment voulu passer le casting. Mes parents étaient un peu perdus : «Quoi ? C’est quoi cette histoire ?» Alors j’ai préparé une présentation avec un plan de carrière sur 5 ans pour leur expliquer ce qui pourrait se passer s’ils me laissaient auditionner. Dedans, j’avais écrit : «Si je passe l’audition et que je décroche le rôle, je rencontrerai des gens sur le plateau qui me présenteront à un agent, qui pourra ensuite me faire auditionner pour des pubs, des courts métrages, et je pourrai me construire un CV. On pourra aller à Los Angeles pour la saison des pilotes…» (quand cette saison existait encore). Mes parents ont alors compris que j’étais très sérieuse.

Parmi vos premières séries ou films, lequel vous a le plus aidée à comprendre les types d’histoires que vous vouliez vraiment raconter, et sur quels types de plateaux vous vouliez travailler ?
Ce serait Sharp Objects et The Handmaid’s Tale. Je les ai tournés la même année. Sharp Objects a été l’un des premiers projets où j’ai décroché un vrai rôle, pas juste une figuration ou un petit rôle secondaire. Et je n’oublierai jamais Jean-Marc Vallée. Il a vu en moi ce que j’espérais que les autres verraient aussi, et je lui serai toujours reconnaissante. À cette époque, j’ai aussi tourné dans Everything Sucks, réalisé par Michael Mohan (qui a aussi réalisé Immaculate), il a été le premier à me donner un rôle principal dans une série. Tout cela m’a permis de commencer à me sentir plus confiante et à jouer des personnages qui comptaient vraiment pour moi.

Y a-t-il eu quelque chose qui vous a surprise la première fois que vous avez été sur un plateau ?
À quel point ce monde est petit. Vraiment. C’est un univers où on croise constamment des gens qu’on connaît.

Parlons de Euphoria. Selon vous, quelle est la plus grande idée reçue à propos d’un rôle qui vous révèle aux yeux du public ?
Oh là là, bonne question. Je pense que l’une des plus grandes idées reçues, c’est de croire que votre vie change du jour au lendemain, ce n’est pas vrai. En tout cas, pour moi, ça ne s’est pas passé comme ça. J’ai encore passé des auditions après Euphoria, pour White Lotus et tous les autres projets. Cela m’a ouvert plus de portes, certes, mais j’ai quand même dû continuer à travailler dur pour faire ce que j’aime.

Vous parliez d’ouverture de portes. Qu’est-ce qui a vraiment changé pour le mieux après le succès de Euphoria ?
La connexion avec les fans. C’est incroyable de pouvoir entrer dans une pièce et que des gens veuillent vous parler de votre personnage, de l’histoire, de ce que le projet a représenté pour eux. C’est magnifique d’avoir ce lien maintenant avec les gens.

« Je suis encore dans le déni ce ce qui m’est arrivé. J’ai toujours un peu le syndrome de l’imposteur. »

Et qu’avez-vous ressenti en étant nommée aux Emmy Awards pour vos rôles dans Euphoria et White Lotus ?
Je crois que je suis encore dans le déni ce ce qui m’est arrivé. Je tournais à ce moment-là, donc je ne me suis même pas donné le temps de réaliser. Même pendant la cérémonie, je ne pense pas que j’ai compris ce qui se passait. J’ai toujours un peu le syndrome de l’imposteur dans ce genre de situations. Mais c’est incroyable. Olivia dans White Lotus et Cassie dans Euphoria comptent énormément pour moi. J’ai adoré les jouer, et les équipes avec lesquelles j’ai travaillé sur ces deux projets étaient formidables. Le fait que les deux séries soient reconnues, et aussi les personnages, c’est fou. C’est tout ce dont on rêve en tant qu’actrice.

Parlez-nous de votre parcours pour devenir productrice. D’où vous est venue cette envie ?
C’était quand je travaillais avec Michael Mohan. Il est vraiment incroyable, et je me suis toujours sentie à l’aise et en sécurité pour, disons, proposer une idée. Qu’il l’accepte ou non n’était pas le plus important. Il me laissait simplement l’espace pour m’exprimer, partager mes idées, et me sentir impliquée dans le processus. Et ça m’a vraiment encouragée. J’avais 19 ans sur Everything Sucks, et à ce moment-là, je me suis dit que je voulais faire plus qu’être simplement actrice.

Que signifie pour vous être productrice ?
Quand je mets mon nom en tant que productrice sur un projet, ça veut dire que je suis impliquée du début à la fin. Je ne veux rater aucune étape. Je veux être impliquée dans tout ce que je peux toucher. Je n’aime pas l’idée de juste apposer mon nom et prendre du crédit quand ce n’est pas mérité. Je veux conceptualiser le projet et le porter jusqu’au bout. Donc pour moi, être productrice, c’est comme être un parent et aider un projet à grandir.

Vous êtes aujourd’hui à l’affiche d’un thriller psychologique. Quel est le premier film que vous avez vu et qui vous a empêchée de dormir toute la nuit ?
Vendredi 13 ou L’Exorciste. J’étais vraiment jeune. Mon père adorait les films d’horreur et il me les a montrés beaucoup trop tôt (Rires). Il disait : «Oui, tu peux regarder ça »

Et vous souvenez-vous de la première fois où un film d’horreur vous a donné envie d’en faire vous-même ?
Probablement Rosemary’s Baby ou Shining. Ce sont des films d’horreur psychologiques. Je pense qu’ils ont vraiment respecté ce genre. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, beaucoup de films ne sont plus cinématographiques. Les personnages ne sont plus aussi profonds. Je ne sais pas ce qui s’est passé dans la narration, mais on dirait que le genre horrifique ne propose plus de films aussi riches.

Quel réalisateur ou réalisatrice, avec qui tu n’as pas encore travaillé, rêvez-vous de rencontrer ?
À chaque fois que je réponds à cette question, je me dis : «Oh mon Dieu, je dois choisir quelqu’un de bien pour que ça devienne une réalité !» (Rires) Martin Scorsese est incroyable. Je viens de travailler avec Ron Howard, et c’était un rêve pour moi. Donc un de mes rêves s’est déjà réalisé.

« Je veux être à 50/50 avec tous mes partenaires, qu’ils se sentent égaux autour de la table. »

En quoi votre formation en business vous a-t-elle été utile dans votre carrière à l’écran jusqu’à présent ?
Je pense que c’est essentiel. Je pense que l’école est très importante. Ma mère et mon père ont toujours insisté sur l’importance des études. Tu es une entreprise. Chaque acteur est sa propre société. Et il est vraiment important de savoir comment gérer cette entreprise.

Y a-t-il un projet que vous vouliez refuser mais que vous avez finalement accepté, et qui vous a apporté quelque chose ?
J’avais vraiment peur de faire Reality. Mon agent, Jen, a beaucoup insisté et m’a poussée à l’accepter. Et j’avais peur parce que je suis habituellement très libre avec mes mots, je travaille souvent avec des réalisateurs qui aiment improviser ou retravailler les scènes avec moi. Mais ce projet était basé sur la transcription exacte d’un interrogatoire du FBI, donc je devais m’assurer de dire chaque mot exactement comme il était écrit. C’était un gros défi. On l’a tourné en 16 jours, avec un budget d’un million de dollars. On tournait 25 pages de script par jour, uniquement du dialogue. C’était un vrai challenge, et ça me faisait peur. Et je suis vraiment contente que mon agent m’ait poussée à le faire.

D’où vient le nom de votre société de production, Fifty-Fifty Films ?
Je crois sincèrement qu’il faut tout un groupe pour créer quelque chose. Ce n’est jamais l’œuvre d’une seule personne. Je veux être à 50/50 avec tous mes partenaires. Je veux que chacun ait un contrat équitable, qu’ils se sentent égaux autour de la table. Je veux m’assurer que tout soit à parts égales.

Pour finir, seriez-tu intéressée par la réalisation à l’avenir ?
Peut-être. Il faudrait que ce soit la bonne histoire. Et alors peut-être, oui…

Propos recueillis par Jenny Davis

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