Interview de Florian Hessique, réalisateur du film événement ‘La Tournée’, qui sort aujourd’hui avec Patrick Chesnais, Richard Berry, Thierry Lhermitte, Michel Drucker et Martin Lamotte
Interview de Florian Hessique, réalisateur du film événement ‘La Tournée’, qui sort aujourd’hui avec Patrick Chesnais, Richard Berry, Thierry Lhermitte, Michel Drucker et Martin Lamotte

Ce mercredi, le film La Tournée, réalisé par Florian Hessique, sort au cinéma avec un casting impressionnant constitué de Patrick Chesnais, Martin Lamotte, Richard Berry, Thierry Lhermitte ou encore Michel Drucker. À cette occasion, nous avons interviewé l’acteur et réalisateur du film, Florian Hessique, qui nous parle de ce nouveau projet et des coulisses du cinéma, qui sont évoquées dans le long-métrage. Action !

Florian-Hessique-Scaled
Florian Hessique

Jérôme Goulon : Votre nouveau film, La tournée, sort ce mercredi. Pouvez-vous nous faire un petit pitch?
Florian Hessique : Bien sûr. J’incarne Richard Favard, un réalisateur de films débutant, qui cherche une tête d’affiche pour son prochain film. Tout le monde lui dit non. Et puis de l’autre côté, on a une ancienne gloire, Marius de Vilduc, qui est joué par Patrick Chesnais, qui lui est acculé par les dettes et a besoin de tourner. Et finalement, c’est l’agent de ce fameux Marius, qui est joué par Richard Berry, qui va avoir l’idée de les faire se rencontrer et de les mettre dans le même film. Sauf que la condition pour que Marius soit payé de l’intégralité de son cachet, c’est qu’il fasse la tournée de l’avant-première du film, ce qui ne le réjouit pas.

Et votre film raconte donc cette fameuse tournée…
Oui. Le film se concentre sur tout le off d’une promotion de films, avec les médias, la presse locale et les tournées dans les salles de cinéma. Il y a plein d’anecdotes inspirées de ce que j’ai pu vivre. Des anecdotes qui sur le moment, ne font pas trop rire, mais qui avec du recul, sont assez drôles… Comme le fait de devoir dormir à trois dans un lit dans un établissement sans chauffage en plein milieu de l’hiver, car la coordinatrice a oublié de booker un hôtel… Les spectateurs n’imaginent pas que des acteurs puissent vivre ce genre de choses… On a parfois aussi de drôles d’anecdotes avec la presse locale. Par exemple, pour la promotion de mon film, un journaliste n’arrêtait pas de me parler de « Bernard L’hermitte » au lieu de Thierry Lhermitte…

Justement, à propos de Thierry Lermitte, le casting de votre film est impressionnant, avec Thierry Lhermitte justement, Patrick Chesnais, Richard Berry, Martin Lamotte ou Michel Drucker…
Oui, je savais que ce film allait nécessiter beaucoup  de moyens, car il y a beaucoup d’acteurs, mais je pense que c’était important que chaque rôle soit incarné par des grands noms.

Il n’y a pas beaucoup de films sur l’univers des promotions et des tournées d’artistes. Certaines choses sont un peu taboues. Est-ce qu’il y a des thèmes dont vous vous êtes empêché de parler ?
Non, j’ai suivi l’angle que j’avais envie de suivre, en montrant un peu tout ce qui se passe actuellement depuis quelques années dans le cinéma, des choses un peu surréalistes.

Par exemple ?
Il y a l’exemple Philippe Chevallier, qui joue son propre rôle dans le film. Dès le début du film, il voit donc son agent, qui est joué par Richard Berry, qui lui dit : « Écoute Philippe, tu es Blanc, tu as plus de 50 ans, tu n’as aucune particularité apparente, tu n’auras pas de rôle. » Et Philippe Chevallier lui répond : « En gros, je ne tourne pas parce que je suis normal, c’est ça ? » Voilà le genre de petites phrases sur les dessous du cinéma… Il y a beaucoup de choses qui me paraissent un peu aberrantes actuellement dans notre société, et le cinéma en fait malheureusement aussi les frais.

Vous constatez des aberrations dans le cinéma ?
Oui. Le cinéma, c’est du divertissement avant tout, et on voit que pour avoir des financements, il faut maintenant remplir des cases, mettre en avant certaines personnes, remplir des cotas… Et honnêtement, on n’a plus de liberté. Soit on coche toutes les cases, et donc on est susceptible d’avoir des aides, soit on veut juste faire une histoire, faire un film, mais si on est un peu à côté des cases, on nous dira « Non, le sujet, ce n’est pas très important. » Aujourd’hui, le sujet est important s’il rentre dans l’air du temps.

J’imagine que vous parlez de la vague wokiste ?
On est dans une société, au-delà du cinéma d’ailleurs, qui ne prend pas de risques, qui suit le mouvement. Il y a en effet le mouvement wokiste, avec des gens, quels que soient leur poste et leur niveau, qui ne prennent pas de risques. Ils suivent la meute, ils suivent une minorité qui fait du bruit. C’est en tout cas l’impression que j’ai actuellement. Du coup, de mon côté, j’ai  toujours l’impression d’être à la marge de certaines choses. Mais en fait, on n’est pas à la marge, c’est juste que les gens qu’on entend sont des minorités et que les autres ne disent rien. Alors évidemment, il y a des choses qui sont bien, il y a des évolutions qui sont nécessaires, c’est incontestable. Mais le problème, c’est qu’on passe d’un extrême à l’autre, et que finalement, on part d’une injustice pour en créer une autre…

« En France, dans le cinéma, on aime rayer ce qui est populaire. C’est presque vulgaire, la popularité. »

À propos d’injustice, on l’a encore vu récemment, aux César, on a souvent l’impression que les films récompensés ne sont jamais les plus populaires…
C’est vrai qu’en France, dans le cinéma, on aime rayer ce qui est populaire. C’est presque vulgaire, la popularité. Il y a une certaine caste, une certaine élite, avec des gens certainement très bien, mais qui ne représentent qu’eux-mêmes. Le sketch de Franck Dubosc, aux César, a été une parfaite illustration de tout ça…

Il y a un mépris du cinéma populaire ?
Je pense qu’en France, on confond le côté artistique, le côté porteur de messages et le côté divertissement. On a l’impression que dès qu’un film fonctionne, qu’il fait beaucoup d’entrées, il devient populaire, et que donc forcément, aux yeux d’une certaine intelligentsia, il est nul. On méprise une grande partie des Français. Je suis désolé, mais un film qui fait 4, 6 ou 12 millions d’entrées, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, on n’a pas le droit de négliger son public… Et il mérite d’être récompensé. On n’est pas obligé de dire que c’est le meilleur film, mais on peut par exemple créer un César du plus gros nombre d’entrées ! Je ne vois pas en quoi ce serait dénigrant, car ce sont quand même ces films-là qui font vivre les autres…

Revenons à votre film. Il y a un gros casting, on l’a dit tout à l’heure, avec des acteurs populaires. C’est votre plus gros casting depuis que vous réalisez ?
Oui, c’est mon plus gros casting, ça, c’est sûr. Je pense que pour parler du cinéma, il faut des gens de cinéma. J’adore ce qui est populaire, j’adore rire, j’adore les comédiens qui sont dans le film, c’est des comédiens que j’ai adorés avant d’être réalisateur. Donc c’est un bonheur de travailler avec eux.

Comment fait-on pour réunir autant de têtes d’affiche dans un film ? Ce n’est pas trop compliqué ?
C’est toujours compliqué, mais je crois que le sujet leur a bien plu. Et puis ils se sont tous un peu reconnus dans certaines anecdotes du film, parce qu’ils ont tous fait des tournées. Finalement, chaque séquence correspondait presque à une personnalité. C’est un sujet qui leur parle, donc c’est surtout ça qui les a motivés à faire le film…

Parmi toutes les têtes d’affiche, il y a notamment une apparition de Michel Drucker. Parlez-nous de son rôle…
Michel nous a fait l’amitié de participer en nous ouvrant les portes du Studio Gabriel. On a tourné un faux Vivement Dimanche avec Patrick Chesnais pour présenter le film qu’on défend.

On retrouve aussi Thierry Lhermitte…
Oui. Thierry joue un exploitant de cinéma en province, qui nous accueille de manière un peu frileuse.

Vous l’avez recruté facilement ?
J’avais rencontré Thierry quasiment un an avant le tournage. On s’est rencontrés dans un bar et on a ri pendant une heure et demie. Je crois que je n’ai jamais autant ri de ma vie. Il m’a raconté plein d’anecdotes de ses tournées. Le film lui a parlé, je lui ai donné le texte et quelques jours après, il m’a envoyé un texto : « Allez Banco, on le fait ! ». Donc voilà, ça s’est fait simplement. C’est presque un rêve qui se réalise pour moi, parce qu’il fait partie de mes acteurs préférés, et de loin. J’ai toujours été fan du Splendid.

Pour faire un parallèle entre votre film et la réalité, des acteurs qui sont endettés et qui sont obligés d’accepter des rôles qu’ils n’ont pas envie de faire, c’est fréquent ?
Il faudrait demander à des acteurs endettés qui acceptent ces rôles ! (Rires) Galabru l’admettait assez aisément. Jean Rochefort aussi avouait qu’il avait fait certains films par nécessité. Il avait confié : « J’attends que les huissiers arrivent et j’accepte le premier scénario qui vient. »  Mais je pense que c’est légitime. Il y a des périodes où l’on n’a pas le choix. Quand je vois les têtes d’affiche qui ont tourné 100, 150, 200 films, on se doute bien que dans tout ce lot, il doit y avoir des choses qu’ils ont acceptées pour d’autres raisons que le projet artistique.

Quand on est réalisateur ou acteur, les tournées c’est un moment de joie ou c’est un moment de stress en guettant la réception du film par le public ?
C’est les deux en même temps. On rencontre plein de gens, mais c’est un peu les montagnes russes. On va arriver dans des salles pleines en se disant que c’est bon, que le film va être un carton, et puis la salle d’après est à moitié vide, on ne sait pas trop pourquoi. Des fois, le travail n’a pas été bien fait en promo. Parfois, on est dans une ville qui est peut-être un peu moins friande de ce genre de film. On passe de joie en désillusion. Donc oui, il y a quand même un côté stressant.

Quant des acteurs cultes comme Richard Berry ou Martin Lamotte ont des mots élogieux pour vous, en disant que c’est facile de travailler avec vous, que vous êtes toujours à l’écoute des comédiens, que vous avez un grand sens de l’humour, vous ressentez de la fierté ?
C’est très valorisant et touchant. Comme mon grand-père disait, c’est toujours mieux qu’un coup de pied au cul ! (Rires) C’est aussi facile de travailler avec eux. Parce qu’ils sont rigoureux tout en ne se prenant jamais au sérieux. On rigole beaucoup, on passe des bons moments. Ils ont aussi pas mal d’idées à apporter.

C’est quoi le plus beau compliment pour un réalisateur ?
C’est quand on me dit : «Merci, on a passé un super moment». On se dit qu’on n’a pas fait tout ça pour rien.

Et la pire critique ?
La critique qui m’énerve le plus, c’est «Je n’ai pas aimé», sans qu’on me dise pourquoi. D’accord, ce n’est pas bon, mais pourquoi ? Souvent, les gens ne se rendent pas compte de l’investissement qu’il y a sur un film. On peut travailler dessus pendant des années, 24h/24, 7 jours sur 7…

Pour terminer, demain, si vous pouviez choisir entre 10 millions d’entrées et un Oscar, vous prendriez quoi ?
Je prends les 10 millions d’entrées, et je me dis que peut-être avec 10 millions d’entrées, on pourra peut-être aller aux Oscars ! (Rires)

La Tournée Affiche
Affiche du film La Tournée, en salles ce mercredi
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