GENÈVE, 3 juin 2025 – Le nombre de réfugiés ayant fui la guerre civile au Soudan a franchi le seuil des quatre millions, a annoncé mardi le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), qui alerte sur les risques accrus pour la stabilité régionale et les besoins humanitaires criants dans les pays voisins. Ce bilan dramatique marque une étape tragique dans un conflit qui dévaste le pays depuis plus de deux ans.
« Cela fait maintenant trois ans que nous sommes dans cette situation, et les 4 millions de personnes représentent une étape dévastatrice dans ce qui est actuellement la crise de déplacement la plus dévastatrice au monde », a déclaré à Genève Eujin Byun, porte-parole du HCR. Si les combats se poursuivent, le flux de réfugiés ne fera qu’augmenter, mettant sous tension les pays limitrophes et compromettant la stabilité régionale et internationale, a-t-elle averti.
Depuis le déclenchement du conflit en avril 2023 entre l’armée soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF), le Soudan a vu son territoire déchiré par des affrontements d’une violence extrême. Le pays, enclavé et frontalier de sept États – notamment le Tchad, le Soudan du Sud, l’Égypte et la République centrafricaine – est devenu le point de départ d’un exode massif.
Le Tchad, principal pays d’accueil, a vu arriver plus de 800 000 réfugiés soudanais, selon les données communiquées par le HCR. Mais les capacités d’accueil sont largement dépassées. « Les conditions d’hébergement sont désastreuses. Nous sommes confrontés à une crise sans précédent, une crise d’humanité, une crise de protection », a déclaré Dossou Patrice Ahouansou, responsable du HCR au Tchad. Il a précisé que seulement 14 % des fonds nécessaires à la prise en charge de cette population ont été collectés, mettant en péril l’accès à l’eau, aux soins et à l’éducation.
Les témoignages recueillis sur le terrain dressent un tableau d’une extrême brutalité. Certains réfugiés racontent avoir vu des membres de leur famille massacrés sous leurs yeux, d’autres évoquent les humiliations subies pendant la fuite. Un cas particulièrement marquant est celui d’une fillette de sept ans, amputée d’une jambe après une attaque sur le camp de Zamzam, qui a coûté la vie à son père et à ses deux frères. Sa mère avait déjà été tuée lors d’un raid précédent.
D’autres civils ont rapporté que des groupes armés les avaient contraints à abandonner leurs chevaux et leurs ânes, et qu’ils avaient été forcés de transporter eux-mêmes leurs proches blessés sur des charrettes de fortune à travers le désert.
Alors que le monde détourne parfois les yeux, les agences humanitaires tirent la sonnette d’alarme. Faute d’une mobilisation internationale forte, le sort des millions de déplacés soudanais risque de sombrer dans l’oubli, aggravant encore une catastrophe humaine déjà hors de contrôle.