Sommet de l’océan à Nice et les chaluts de fond : les ONG crient au naufrage 
Sommet de l’océan à Nice et les chaluts de fond : les ONG crient au naufrage 

C’est la controverse qui trouble les eaux du Sommet de l’océan à Nice. Emmanuel Macron a annoncé vouloir « limiter l’activité » des chaluts de fond dans certaines aires marines protégées françaises. Des filets géants qui raclent les fonds marins et soulèvent, avec eux, un tollé environnemental. Car si l’annonce semble aller dans le bon sens, les ONG y voient une mesure cosmétique — et un manque flagrant de courage politique. « Une multiplication par 40 » : voilà la promesse martelée par la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher. D’ici fin 2026, la part des eaux françaises placées en protection forte passera de 0,1 % à 4 %. Dans ces zones, toutes les activités humaines ayant un impact sur les fonds — y compris le chalutage — seront interdites. À l’ouest de l’Hexagone, la dorsale Atlantique sera sanctuarisée. Même chose autour de la Corse. Mais voilà : ces interdictions s’appliqueront dans des secteurs déjà peu ou pas exploités. Ce que les ONG qualifient, sans détour, de poudre aux yeux.

Une écologie de vitrine ?

Pour l’association Bloom, très engagée sur le sujet, la déclaration présidentielle est « un naufrage ». À ses yeux, Emmanuel Macron évite soigneusement le cœur du problème : le chalutage de fond dans les zones côtières, pourtant au cœur de nombreuses aires marines protégées existantes. Nicolas Fournier, de l’ONG Oceana, salue une « prise de conscience » mais attend désormais une stratégie claire de sortie. Car pour les défenseurs de la biodiversité marine, les effets destructeurs de ces filets sont bien connus. L’Ifremer parle d’« impacts environnementaux significatifs » ; les herbiers, coraux et canyons sous-marins n’y survivent pas. En face, les pêcheurs défendent leur outil de travail. Le chalut et la drague représentent environ la moitié des captures de poissons en France. « L’annonce du président correspond à ce qu’on attendait », tempère Julien Lamothe, secrétaire général de l’Association nationale des organisations de producteurs. Le gouvernement promet un travail de concertation jusqu’en 2027, zone par zone. Et pour les zones côtières, tout reste encore à arbitrer.

Une ambition affichée… sur les grands fonds

Le gouvernement insiste : la France tiendra son engagement avant la date limite de 2030, avec 30 % de sa surface maritime en aires protégées, dont 10 % en protection forte. Avec les mesures annoncées ce week-end, la surface protégée passera de 490 000 à plus de 1,5 million de km². Un bond impressionnant, certes, mais dont l’immense majorité se situe en Outre-mer. Port-Cros, les Calanques ? Des zones déjà interdites au chalutage. À peine mieux qu’un effet d’annonce, selon les ONG. Car la vraie bataille se joue ailleurs : dans les zones côtières, là où la pêche est encore active, où les équilibres économiques sont fragiles, et où les arbitrages sont, politiquement, bien plus sensibles. Là, le gouvernement temporise. Et les associations alertent : sans remise en cause du chalut de fond dans ces secteurs, les aires protégées ne seront que des traits sur une carte. Pour l’heure, le sommet de Nice n’a pas encore tranché. Mais dans la guerre des filets, une chose est sûre : l’opinion publique, elle, commence à comprendre que « protégé » ne veut pas toujours dire « préservé ».

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