Dépenses militaires : l’Italie tente de contourner les exigences de l’OTAN par des astuces comptables
Dépenses militaires : l’Italie tente de contourner les exigences de l’OTAN par des astuces comptables

Face à la pression croissante au sein de l’OTAN pour augmenter les dépenses militaires, l’Italie adopte une stratégie originale : contourner l’objectif en redéfinissant ce qui constitue une « dépense de défense ». En 2024, Rome affichait l’un des budgets militaires les plus faibles de l’Alliance, mais le gouvernement de Giorgia Meloni entend désormais franchir le seuil des 5 % du PIB recommandé… sans pour autant augmenter réellement ses investissements militaires.

Selon plusieurs sources proches du gouvernement, l’Italie envisage de reclasser certaines dépenses civiles comme étant liées à la sécurité. Ports, routes, chemins de fer, voire infrastructures énergétiques stratégiques pourraient ainsi être intégrés au calcul officiel des dépenses de défense. L’objectif : gonfler artificiellement les chiffres sans pour autant engager de nouveaux crédits massifs au profit de l’armée.

Cette approche pourrait susciter des frictions au sein de l’Alliance, où certains membres — notamment les États-Unis et les pays d’Europe de l’Est — insistent pour que les objectifs de dépenses soient atteints en priorité par des investissements directs dans les forces armées, les équipements et la préparation opérationnelle. Rome, de son côté, défend une vision plus large de la sécurité, englobant les capacités logistiques, industrielles et infrastructurelles.

La Première ministre Giorgia Meloni, présente au sommet de l’OTAN à La Haye le 25 juin, a réaffirmé l’engagement de l’Italie en faveur de la sécurité collective, tout en soulignant les contraintes économiques internes. Elle a également plaidé pour une reconnaissance du « rôle stratégique » de l’Italie en Méditerranée, notamment en matière de lutte contre l’immigration illégale, de surveillance maritime et de soutien logistique aux missions internationales.

Dans les faits, le gouvernement mise sur une lecture plus souple des critères de l’OTAN pour satisfaire à la fois ses partenaires et ses électeurs. Les débats internes à Rome révèlent une volonté de concilier les engagements internationaux avec une opinion publique peu favorable à une hausse des dépenses militaires, dans un contexte budgétaire tendu.

Si l’Italie parvient à faire accepter son interprétation, cela pourrait ouvrir la voie à d’autres membres qui peinent à respecter les objectifs chiffrés. À l’approche du prochain sommet de l’OTAN, ce débat sur la définition même des dépenses de défense s’annonce central pour l’avenir de la solidarité stratégique au sein de l’Alliance.

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