Un an après la dissolution surprise de l’Assemblée nationale qui avait conduit aux élections législatives anticipées de 2024, le président Emmanuel Macron a affirmé lors d’un conférence à Nice ne pas souhaiter renouveler l’exercice. « Mon souhait, c’est qu’il n’y ait pas d’autre dissolution », a déclaré le chef de l’État en marge de la Conférence sur les Océans.
Une mise au point dans un climat politique instable
Cette déclaration intervient dans un contexte politique marqué par des tensions persistantes à l’Assemblée, où le gouvernement ne dispose toujours pas de majorité absolue. Depuis les élections anticipées de 2024, le bloc présidentiel gouverne en minorité relative, et les projets de loi doivent être âprement négociés au cas par cas.
« Il y a une stabilité institutionnelle, fragile certes, mais qui permet d’agir. Ce n’est pas idéal, mais une nouvelle dissolution aggraverait encore les fractures politiques du pays », a expliqué un proche conseiller de l’Élysée cité anonymement par Le Monde.
Retour sur la dissolution de 2024
Le 9 juin 2024, Emmanuel Macron avait créé la surprise en annonçant la dissolution de l’Assemblée nationale, à l’issue de résultats très défavorables pour son camp aux élections européennes (où le Rassemblement national était arrivé en tête avec près de 31% des voix). Cette décision, inédite dans son contexte, avait ouvert la voie à de nouvelles élections législatives, organisées en juillet 2024.
Le pari, censé « redonner de la clarté démocratique », s’était soldé par un recul du camp présidentiel, incapable de reconquérir la majorité absolue. Le Rassemblement national avait renforcé sa présence, tout comme l’union de gauche ( Nouveau Front populaire), instaurant une configuration parlementaire fragmentée.
Dans le cadre de la Ve République, la dissolution de l’Assemblée nationale est un pouvoir constitutionnel du président (article 12 de la Constitution), mais son usage reste exceptionnel. Depuis 1958, elle n’a été utilisée que six fois, notamment par Charles de Gaulle (1962, 1968), François Mitterrand (1981, 1988), et Jacques Chirac (1997), ce dernier ayant perdu son pari, tout comme Macron en 2024.
« Utiliser deux fois de suite une dissolution dans un même quinquennat serait perçu comme un aveu d’échec institutionnel et risquerait d’installer une instabilité permanente» explique Cécile Alduy, politologue à Stanford et spécialiste du discours politique français, citée dans Libération.
Une pression croissante à un an de la présidentielle
Alors que la campagne présidentielle de 2027 commence déjà à s’esquisser, le président Macron, qui ne peut se représenter, cherche à stabiliser la fin de son second quinquennat.
En coulisses, certains proches d’Emmanuel Macron évoquent la volonté de « construire une majorité de projets », voire un accord parlementaire plus formel. Mais l’hypothèse d’un gouvernement d’union ou de coalition reste écartée à ce stade.