Colère des taxis: le gouvernement va renforcer les contrôles des VTC et des taxis clandestins
Colère des taxis: le gouvernement va renforcer les contrôles des VTC et des taxis clandestins

Le gouvernement a annoncé ce mardi une intensification des contrôles visant les véhicules de transport avec chauffeur, dans le but de lutter plus efficacement contre les pratiques illégales de maraude et de racolage sur la voie publique. Cette décision intervient alors que le secteur des taxis est mobilisé depuis plus d’une semaine dans plusieurs villes de France, en protestation contre une concurrence jugée déloyale et une réforme controversée du transport sanitaire.

Des contrôles renforcés et des sanctions immédiates

« Le dialogue a été très direct », a résumé Philippe Tabarot, secrétaire d’État chargé des Transports, à l’issue d’une réunion avec les représentants des taxis. « Nous allons rappeler les règles et taper fort au niveau des contrôles », a-t-il déclaré. À court terme, le ministère prévoit des opérations ciblées autour des principaux points névralgiques comme les gares, les aéroports ou les grandes artères parisiennes. Ces contrôles seront menés en coordination avec les ministères de l’Intérieur, du Travail et de l’Économie.

Parmi les mesures phares, le gouvernement veut généraliser à l’échelle nationale les amendes forfaitaires plus immédiates et dissuasives, déjà expérimentées en Île-de-France. L’objectif : sanctionner plus efficacement les VTC qui racolent des clients sur la voie publique, une pratique strictement réservée aux taxis selon la réglementation en vigueur.

Un soutien affiché aux taxis traditionnels

Pour la première fois depuis le début de ce bras de fer, les syndicats de taxis ont salué un changement de ton. « C’est la première fois qu’on a un ministre qui est prêt à s’engager pour véritablement distinguer les deux activités », a réagi Rachid Boudjema, président de l’Union nationale des taxis. « On a des engagements forts de la part du ministre des Transports, notamment sur des points bloquants depuis dix ans », a-t-il souligné.

Le gouvernement entend aussi clarifier plusieurs zones grises du cadre juridique actuel, notamment la définition de la voie publique réservée aux taxis et la durée minimale de réservation préalable pour les VTC. Ces ajustements visent à rétablir une concurrence plus équitable.

Vers un agrément des plateformes VTC

Autre annonce d’envergure : la création d’un agrément obligatoire pour les plateformes VTC comme Uber, Bolt ou Heetch. Cet agrément pourrait être suspendu ou retiré en cas de manquements répétés à la réglementation, notamment en matière de fiscalité, de respect des durées de travail ou de sécurité des passagers. Une initiative saluée par les syndicats de taxis, qui dénoncent depuis des années un laisser-faire administratif.

La question des sociétés de rattachement, souvent situées à l’étranger et accusées de permettre à certaines plateformes d’échapper aux cotisations sociales françaises, est également dans le viseur du gouvernement. « Je vais clairement leur demander des explications », a affirmé Philippe Tabarot, promettant de mettre fin à ces montages juridiques.

Des négociations tendues sur le transport sanitaire

Parallèlement à ce dossier explosif, une autre réunion cruciale était prévue mardi soir au ministère de la Santé, autour de la réforme du transport sanitaire, deuxième motif de mobilisation des taxis. Cette réforme, portée par la Caisse nationale d’assurance maladie, prévoit une nouvelle grille tarifaire : un forfait de 13 euros pris en charge par l’Assurance maladie, auquel s’ajoutera un tarif au kilomètre. Le système est conçu pour éviter les trajets à vide et limiter les attentes non productives.

Les taxis craignent une baisse significative de leur rémunération sur ce segment d’activité, souvent vital en zone rurale. Le Premier ministre François Bayrou s’est voulu rassurant ce mardi matin sur BFMTV/RMC, affirmant que la réforme entrerait en vigueur en octobre, tout en promettant que les économies, estimées à 300 millions d’euros sur trois ans, seraient discutées avec les professionnels du secteur.

Une mobilisation qui se durcit sur le terrain

Pendant ce temps, la mobilisation se poursuit sur le terrain. À Paris, plusieurs centaines de taxis bloquent toujours le boulevard Raspail, entre manifestations nocturnes, opérations escargot et usage de fumigènes. Des mouvements similaires ont été signalés à Lyon, Marseille et Lille, alimentés par une exaspération croissante face à ce que les chauffeurs décrivent comme une concurrence dérégulée et un mépris institutionnel.

Les représentants des chauffeurs VTC sont convoqués lundi 2 juin au ministère des Transports, tandis que les grandes plateformes de mise en relation, dont Uber et Bolt, seront reçues le lendemain. Ces discussions s’annoncent décisives pour dessiner les contours d’un nouveau modèle de coexistence entre taxis et VTC, deux professions de plus en plus en tension sur fond de mutation numérique et de revendications sociales.

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