Alors que l’édition 2026 du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême est sous tension, l’association propriétaire de l’événement tente une sortie de crise : elle demande aux deux structures candidates à l’organisation du festival la société privée 9ᵉ Art+ et la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image de proposer un projet commun d’ici au 20 novembre.
Cette décision, annoncée samedi 8 novembre, intervient alors que le festival est de plus en plus contesté de l’intérieur, par des autrices et auteurs qui appellent au boycott, mais aussi par plusieurs institutions publiques qui financent l’événement.
Une crise de gouvernance ouverte
Depuis 2007, 9ᵉ Art+ assure l’organisation du FIBD, mais sa gestion est décriée pour son manque de transparence, son orientation jugée trop mercantile et, surtout, sa gestion d’une affaire grave : le licenciement en 2024 d’une salariée ayant porté plainte pour viol survenu en marge du festival. Une information judiciaire est en cours, et la plaignante conteste son licenciement devant les prud’hommes. L’affaire a accéléré la défiance envers le délégataire historique et cristallisé les critiques d’une partie de la profession.
Parmi les opposants les plus médiatisés, l’autrice Anouk Ricard, lauréate du Grand Prix 2025, a annoncé mi-octobre qu’elle boycotterait l’édition 2026 et renonçait à l’exposition habituellement consacrée au ou à la lauréat(e). À ce jour, près de 2 300 personnes ont signé un appel au boycott, parmi lesquelles plusieurs grands noms de la BD comme Posy Simmonds, Art Spiegelman, Blutch ou encore Lewis Trondheim.
Un attelage contraint mais nécessaire
Face à cette crise, l’association du FIBD a écarté une reconduction automatique de 9ᵉ Art+ et a lancé un appel à projets pour l’organisation du festival à partir de 2028. Parmi les candidatures retenues figurent… 9ᵉ Art+ et son rival historique : la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, un établissement public implanté à Angoulême, également soutenu par les collectivités locales.
L’association propriétaire du festival exige aujourd’hui que ces deux entités, aux visions radicalement différentes, envisagent une forme de fusion ou, du moins, une gestion partagée. Objectif : garantir une plus grande transparence et permettre aux financeurs publics de mieux peser dans la gouvernance du FIBD.
Un vœu pieux pour certains observateurs, tant les deux structures incarnent des approches opposées et sont marquées par des rivalités anciennes. Selon Télérama, Vincent Eches, directeur de la Cité, aurait d’abord refusé ce rapprochement avant d’accepter de participer à une réunion d’urgence vendredi 7 novembre.
Une édition 2026 sous haute tension
Si les deux entités parviennent à un accord, l’édition 2026 du FIBD, prévue du 29 janvier au 1er février, pourrait éviter le naufrage. Mais les critiques restent vives, en particulier à l’encontre de Franck Bondoux, directeur général de 9ᵉ Art+, qui, bien qu’annonçant son départ pour 2027, demeure aujourd’hui en poste. Il conserve notamment le soutien de Delphine Groux, présidente de l’association propriétaire du festival.
La Cité internationale de la bande dessinée, elle aussi, n’échappe pas aux critiques. Des voix s’élèvent sur ses propres pratiques de gestion ou sur le respect du cahier des charges fixé par l’appel à projets. Dans La Charente Libre, Céline Bagot, ancienne directrice de la communication du festival, s’interroge sur « l’opacité dans tout le processus de décision ».