Face aux coupes budgétaires de Trump, l’Europe se libère de la dépendance scientifique américaine
Face aux coupes budgétaires de Trump, l’Europe se libère de la dépendance scientifique américaine

BRUXELLES – L’Union européenne prend des mesures inédites pour réduire sa dépendance à l’égard des données scientifiques américaines, après que l’administration Trump a drastiquement réduit les budgets de la NOAA (Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique), mettant en péril des informations cruciales sur le climat mondial. Cette décision provoque un tournant stratégique dans la politique scientifique européenne.

Les coupes budgétaires américaines affectent directement l’accès aux données sur l’élévation du niveau de la mer, les phénomènes météorologiques extrêmes et d’autres indicateurs essentiels pour la planification climatique. En réponse, plusieurs gouvernements de l’Union européenne prévoient désormais de collecter et d’archiver leurs propres données, préparant ce que des responsables appellent une « autonomie scientifique stratégique ».

Parmi les actions entreprises figure un effort coordonné entre agences météorologiques nationales, centres de recherche et services environnementaux pour renforcer les satellites européens, étendre les systèmes de modélisation climatique, et investir dans les serveurs de données propres à l’UE. La Commission européenne a confirmé qu’elle mobiliserait des financements supplémentaires pour ces projets dans le cadre du programme Horizon Europe.

Un rôle essentiel revient également à des initiatives indépendantes menées par des chercheurs européens et américains : l’« archivage de guérilla », né sous la première présidence Trump, connaît une résurgence. Ces groupes copient et stockent en Europe des données climatologiques américaines menacées de disparition, avec l’accord implicite ou explicite de plusieurs universités.

La rupture croissante avec la science américaine suscite néanmoins des inquiétudes. « Il ne s’agit pas seulement de science : ces données sont vitales pour notre sécurité et notre résilience face à la crise climatique », alerte un fonctionnaire allemand de l’environnement. L’interconnexion scientifique transatlantique, autrefois considérée comme indéfectible, se fragilise.

Cette évolution souligne le coût diplomatique des coupes décidées à Washington et ouvre une nouvelle ère où l’Europe entend assumer un leadership scientifique plus indépendant sur les grands enjeux environnementaux mondiaux.

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