Au lendemain de l’arrestation d’un homme accusé d’avoir déposé deux bombes artisanales près des sièges des partis républicain et démocrate le 5 janvier 2021, l’administration Trump a martelé un message clair : toute personne venant à Washington pour attaquer les citoyens et les institutions démocratiques sera tenue pour responsable. Pourtant, lors de l’annonce officielle, les responsables du département de la Justice sont restés silencieux sur les violences perpétrées le 6 janvier par les partisans de Donald Trump, qui avaient pris d’assaut le Capitole.
Cette omission s’inscrit dans les efforts plus larges de l’administration visant à remodeler le récit des événements du 6 janvier, notamment au travers de grâces présidentielles et du limogeage d’avocats chargés de poursuivre les émeutiers. Un contraste saisissant pour un gouvernement qui se veut ferme contre la criminalité mais minimise, voire efface, les attaques violentes menées contre des policiers ce jour-là. Pour Michael Romano, ancien procureur des affaires liées au 6 janvier, cette stratégie découle d’un calcul politique : « Ils tentent de blanchir ces violences parce qu’elles ont été commises par les partisans du président, qui tentaient de le maintenir au pouvoir contre la volonté des électeurs. »
Le directeur du FBI, Kash Patel, qui qualifiait autrefois les émeutiers de « prisonniers politiques » lorsqu’il animait un podcast conservateur, a défendu l’arrestation du suspect des bombes, Brian Cole Jr., 30 ans, comme un acte nécessaire pour protéger la capitale américaine. Son adjoint, Dan Bongino, aujourd’hui haut responsable du FBI après avoir longtemps affirmé que l’enquête sur le 6 janvier faisait perdre du temps aux forces de l’ordre, avait même suggéré que l’épisode des bombes était un « coup monté ». Depuis sa nomination, il présente pourtant l’enquête comme une priorité majeure, assurant que les autorités ne cesseraient jamais de poursuivre le suspect.
Si aucun lien public n’a été établi entre les bombes déposées la veille et l’émeute du lendemain, l’affaire Cole constitue un tournant dans une enquête de près de cinq ans. Selon des sources proches du dossier, Cole a déclaré croire aux théories complotistes affirmant que l’élection de 2020 — pourtant validée par les responsables électoraux de tous bords et par les tribunaux — avait été volée à Donald Trump.
L’administration Trump, de son côté, poursuit ses efforts pour minimiser les violences du 6 janvier. Dès son premier jour de retour au pouvoir, le président a accordé une grâce collective aux plus de 1 500 personnes inculpées pour leur participation à l’attaque, y compris celles filmées en train d’agresser violemment des policiers. Plus de cent agents avaient été blessés, certains ayant craint pour leur vie. Dans les mois suivants, de nombreux procureurs et enquêteurs impliqués dans ces dossiers ont été remerciés ou rétrogradés, tandis que des mentions du « 6 janvier » ont même été retirées de documents officiels.
Un cas emblématique illustre cette réécriture : un homme accusé d’avoir lancé un explosif et une pièce de bois sur des policiers défendant l’entrée du Capitole a vu sa procédure annulée grâce aux grâces présidentielles. Des agents avaient témoigné avoir cru qu’ils allaient mourir. Aujourd’hui, alors que l’administration met en avant son discours sécuritaire, son attitude envers ceux qui ont participé à l’attaque du Capitole continue de susciter un profond malaise au sein des institutions américaines.