Coup de théâtre dans l’industrie automobile : Carlos Tavares, directeur général de Stellantis, a démissionné ce dimanche soir avec effet immédiat. Le conseil d’administration du groupe, présidé par John Elkann, a acté son départ dans un communiqué laconique évoquant des « divergences de vues ». Un successeur sera nommé d’ici le premier semestre 2025, tandis qu’un comité exécutif intérimaire dirigé par Elkann prendra temporairement les rênes.
Une chute précipitée
Tavares, ancien patron de PSA Peugeot, avait pris la tête de Stellantis en janvier 2021, lors de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler Automobiles. Alors auréolé de succès, il avait su redresser Peugeot et faire preuve de rigueur dans la gestion des marques historiques du groupe. Cependant, ces derniers mois, la situation s’est dégradée.
Les résultats du troisième trimestre 2024, publiés en septembre, ont confirmé les difficultés. Le chiffre d’affaires a plongé de 27 %, passant de 45 milliards d’euros à 33 milliards d’euros. Les livraisons globales ont chuté de 20 %, frappées par un retard dans les lancements de nouveaux modèles et des efforts pour réduire les stocks. Les marchés nord-américain et européen, piliers du groupe, ont enregistré des baisses spectaculaires : -42 % en Amérique du Nord et -12 % en Europe.
Face à ces chiffres, les actionnaires ont perdu patience. En octobre, Stellantis avait amorcé un processus de succession, signe précurseur d’un possible départ anticipé de Tavares, initialement prévu pour début 2026.
Une industrie en pleine mutation
Ce départ intervient alors que le secteur automobile traverse une transformation profonde, qualifiée par Tavares lui-même de « crise darwinienne ». L’électrification bouleverse les modèles établis, et Stellantis peine à suivre le rythme imposé par Tesla ou les constructeurs chinois. Malgré ses quinze marques prestigieuses, le groupe accuse un retard dans la transition vers l’électrique et subit une concurrence féroce.
En Europe, l’ombre des géants comme Volkswagen et BMW continue de peser, tandis que la production est critiquée pour son transfert vers des pays à faibles coûts. En Italie, le gouvernement s’en est pris au constructeur, l’accusant de délaisser ses usines locales.
Un départ précipité mais prévisible
Les tensions ne se sont pas limitées à la sphère industrielle. En avril dernier, Tavares s’est retrouvé au cœur d’une controverse autour de son salaire de 36,5 millions d’euros pour 2023, une rémunération représentant 518 fois le salaire moyen au sein du groupe. Bien que validée par les actionnaires, cette somme a suscité l’indignation, y compris celle du président français Emmanuel Macron, qui l’a qualifiée de « choquante ».
Malgré les critiques, Tavares est resté droit dans ses bottes, justifiant que 90 % de sa rémunération était liée aux résultats de Stellantis. « Si vous estimez cela inacceptable, faites une loi », avait-il rétorqué.
Ces derniers mois, Tavares semblait avoir accepté l’idée d’un départ. En octobre, il déclarait avec humour que, « en 2026, à 68 ans, ce sera un âge raisonnable pour prendre sa retraite ». Ce départ anticipé, s’il semble brutal, était pourtant dans l’air du temps. Son épouse, qu’il a mentionnée comme une fervente partisane de sa retraite, pourra finalement profiter de sa présence plus tôt que prévu.
Le défi est désormais immense pour Stellantis, qui doit se réinventer dans un marché en mutation. L’avenir du groupe, piloté temporairement par Elkann et son comité exécutif, dépendra de sa capacité à trouver un leader capable de relever ces défis complexes.