Alors que les bouleversements climatiques se multiplient et mettent en péril des secteurs clés comme le modèle assurantiel, la ministre de la Transition écologique, de l’ÉnergieAgnès Pannier-Runacher détaille dans un entretien accordé à la Tribune les grandes orientations de la France pour faire face aux enjeux climatiques. Entre atténuation et adaptation, elle insiste sur la nécessité d’une écologie pragmatique et accessible à tous.
Un double cap : atténuer et s’adapter
La France mise sur deux piliers pour répondre au défi climatique : l’atténuation des émissions et l’adaptation aux impacts inévitables. Sur le premier volet, la ministre rappelle que les nouvelles versions de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) et de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) visent une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 50 % d’ici 2030 par rapport à 1990.
Ces efforts ont déjà porté leurs fruits : les émissions françaises ont baissé de 5,8 % en 2023, grâce à une combinaison d’investissements accélérés, d’une météo clémente et des effets de la crise énergétique.
Côté adaptation, le Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) repose sur une trajectoire de réchauffement de +4 °C en France d’ici 2100, conforme aux prévisions du GIEC. « Cette approche intègre les risques liés au recul du trait de côte, à la baisse de l’enneigement en montagne, aux sécheresses ou encore aux inondations, tout en s’appuyant sur les 30 ans d’expérience des Plans de prévention des risques », explique Agnès Pannier-Runacher.
Transition énergétique et reconquête industrielle
La ministre se félicite de progrès concrets en matière de transition énergétique. La consommation d’électricité et de gaz a chuté de 13 % grâce au plan de sobriété de 2022, et le marché des véhicules électriques atteint près de 20 % des ventes. « Il est possible de mener transition écologique et reconquête industrielle de front », affirme-t-elle, citant la création de 150 000 emplois industriels depuis 2020 et une enveloppe de 1,6 milliard d’euros pour décarboner les sites les plus polluants.
Malgré des avancées, les collectivités peinent à suivre. La baisse du Fonds vert dans le budget 2025 inquiète, mais le gouvernement promet un appui technique renforcé via le Cerema et l’Ademe. Cent collectivités pilotes bénéficieront d’un accompagnement spécifique pour diagnostiquer leurs vulnérabilités climatiques et définir des feuilles de route adaptées.
Mobiliser la finance privée
Face aux contraintes budgétaires, le gouvernement mise sur des mécanismes innovants comme le tiers financement pour la rénovation des bâtiments publics. « Les économies d’énergie générées permettent de rembourser l’investissement initial », précise la ministre. Elle met également en avant les crédits biodiversité, une initiative franco-britannique visant à développer des marchés à forte intégrité pour préserver la biodiversité.
Pour mieux préparer les citoyens aux catastrophes climatiques, la France souhaite renforcer la prévention. « Chaque enfant de 10 ans doit savoir quoi faire en cas d’inondation ou de tempête », insiste Agnès Pannier-Runacher. Des dispositifs comme FR-Alert ou les plans locaux d’adaptation doivent permettre de mieux anticiper et gérer les crises.
Le rôle clé des agriculteurs et des assureurs
Les agriculteurs, en première ligne face au changement climatique, demandent des conditions équitables et un soutien pour adapter leurs pratiques. De leur côté, les assureurs doivent intégrer davantage la prévention dans leurs modèles, soutient la ministre, rappelant qu’un euro investi dans la prévention permet d’économiser huit euros en dommages évités.
Enfin, alors que les États-Unis pourraient revoir leurs engagements climatiques sous la présidence Trump, Agnès Pannier-Runacher appelle à un leadership européen renforcé. « La transition écologique n’est pas seulement une urgence climatique, c’est aussi une guerre économique », conclut-elle, plaidant pour des investissements massifs dans l’industrie verte et une meilleure protection contre la concurrence déloyale.
Avec cette vision stratégique, la ministre entend concilier ambition écologique et pragmatisme pour répondre aux attentes des citoyens et des territoires.