La victoire du centriste Nicusor Dan à la présidence roumaine, annoncée dimanche soir, a été accueillie avec soulagement par les dirigeants européens. Face à George Simion, son rival d’extrême droite ouvertement admirateur de Donald Trump, Dan a remporté 54 % des suffrages au second tour. Cette élection cruciale, dans un pays stratégique du flanc oriental de l’Union européenne, intervient dans un climat politique tendu, après l’annulation du premier scrutin pour suspicion d’ingérence russe.
Maigre consolation pour Bruxelles : la Roumanie évite un basculement vers l’euroscepticisme. Simion, fervent critique de l’UE et opposant à l’aide militaire à l’Ukraine, avait provoqué l’effondrement du gouvernement de coalition avant le second tour. En contrepoint, Nicusor Dan, mathématicien de formation et maire de Bucarest, a immédiatement tendu la main à ses alliés. Il s’est entretenu avec le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte, réaffirmant que « la Roumanie resterait un allié solide » et plaçant l’investissement dans la défense en tête de ses priorités.
Les réactions des dirigeants européens ne se sont pas fait attendre. Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen et Antonio Costa ont félicité Dan, saluant une victoire du « camp démocratique » et des « valeurs européennes ». Le président élu a également échangé avec la présidente moldave Maia Sandu, renforçant l’axe pro-européen dans la région. Ces messages contrastent avec les inquiétudes croissantes en Europe de l’Est, à l’approche d’échéances électorales similaires, notamment en Pologne.
Sur les marchés, les premiers effets de la victoire centriste ont été positifs : le leu roumain s’est apprécié de plus de 1,5 %, après un mois de forte volatilité. Les obligations souveraines ont également profité de l’annonce, signe d’un regain de confiance des investisseurs.
Mais la victoire de Dan intervient dans un climat électrique. Le scrutin de novembre dernier avait été annulé après des accusations d’ingérence russe en faveur de Calin Georgescu, candidat d’extrême droite finalement disqualifié. La Russie a nié toute implication, mais le Kremlin, par la voix de Dmitri Peskov, a qualifié les élections roumaines d’« étranges », insinuant une ingérence occidentale. Une polémique a aussi émergé après que Pavel Durov, fondateur de Telegram, a accusé les renseignements français d’avoir tenté de le contraindre à censurer les voix conservatrices en Roumanie, une allégation aussitôt démentie à Paris.
Nicusor Dan devra désormais former un nouveau gouvernement et nommer un Premier ministre. S’il a promis de maintenir le cap pro-européen et le soutien à l’Ukraine, il devra aussi manœuvrer habilement face aux fractures politiques internes et à la montée d’une droite radicale qui, bien que battue, reste influente dans l’opinion publique.