Le mot d’ordre est désormais martelé à droite comme une évidence : « vote utile ». L’entourage de Rachida Dati le répète à chaque prise de parole, laissant entendre que toute voix qui ne se porterait pas sur sa liste fragiliserait la droite parisienne. Mais à la lumière des dynamiques de campagne, une autre question s’impose : qui, aujourd’hui, risque réellement de faire perdre la droite ? Ceux qui concentrent leurs attaques sur des partenaires potentiels ou celle qui plaide, depuis le début, pour une coalition assumée ?
Depuis son entrée en lice, Sarah Knafo défend sans détour une stratégie d’union. Le 2 mars encore, elle insistait sur les enseignements des enquêtes d’opinion : « Les sondages sont formels : unie, la droite gagne dans tous les cas de figure. Divisée, elle perd dans tous les cas de figure. (…) Le vote le plus utile, c’est pour la seule qui propose l’union. » Une ligne claire, répétée, structurée, qui tranche avec l’ambiguïté entretenue par ses rivaux.
Face à elle, Rachida Dati reste prudente sur l’hypothèse d’un rapprochement d’entre-deux-tours tout en ciblant régulièrement Knafo. Un positionnement qui interroge d’autant plus que la dynamique semble évoluer. Là où la maire du 7e arrondissement peine à élargir son socle, sa concurrente capte une partie des abstentionnistes et des électeurs en quête de rupture, sensibles aux thèmes de la technologie, de l’efficacité budgétaire et d’une droite plus offensive.
Les projections électorales alimentent le débat. Plusieurs scénarios convergent : isolée, la droite classique apparaît fragile face à une gauche rassemblée. En revanche, une alliance Dati Knafo pourrait constituer un bloc majoritaire crédible. La gauche ne cache d’ailleurs pas son inquiétude. Ian Brossat a récemment alerté sur le risque d’une « catastrophe Dati Knafo » pour son camp, tandis que David Belliard évoquait des « digues » prêtes à céder. Quand l’adversaire désigne lui-même le scénario qu’il redoute, difficile de ne pas y voir un signal politique.
Reste la question décisive des reports de voix. Certains stratèges parient sur un transfert mécanique de l’électorat Knafo vers la candidate LR en cas de duel final. L’hypothèse paraît fragile. Une partie de ces électeurs, attirés par une ligne plus tranchée, pourrait choisir l’abstention si aucune alliance claire n’est formalisée. Dans une élection parisienne traditionnellement serrée, ce réservoir incertain peut peser lourd.
À l’heure où la gauche avance groupée derrière Emmanuel Grégoire, la droite peut-elle se permettre une confrontation interne prolongée ? En transformant la campagne en duel fratricide, le camp Dati prend le risque d’alimenter lui-même la division qu’il dénonce. À force de vouloir incarner seule le « vote utile », la droite parisienne pourrait bien offrir à ses adversaires l’avantage décisif.