Alors que sa 12ᵉ édition approche, le Lyon Antifa Fest se retrouve au cœur d’une polémique nationale. Retiré du dispositif Pass Culture à la suite de pressions émanant de figures de l’extrême droite, le festival antifasciste, organisé à Villeurbanne les 11 et 12 décembre, dénonce une attaque contre la liberté culturelle et un dangereux précédent.
Le Pass Culture retiré après des pressions de l’extrême droite
Le festival, né en 2013 en réaction à la montée de l’extrême droite à Lyon et en hommage à Clément Méric et Pavlos Fyssas, deux militants tués cette même année, a pour objectif de mêler musique, mémoire et luttes sociales. Programmé cette année sur deux soirées thématiques – punk/ska le jeudi avec Moscow Death Brigade, Poésie Zéro et Goulamas’k ; rap engagé le vendredi avec COSTA, La Gale, L’Allemand et Da Uzi – l’événement a été temporairement accessible sur le Pass Culture, dispositif étatique permettant aux jeunes de financer des activités culturelles.
Mais dès le 4 novembre, plusieurs élus d’extrême droite ont dénoncé sa présence sur l’application. La députée RN Tiffany Joncour a ainsi critiqué un « concert anti-France financé par l’impôt », tandis qu’un autre élu, Alexandre Dupalais, a réclamé son interdiction pure et simple. Deux jours plus tard, la préfecture du Rhône confirmait avoir demandé le retrait de l’événement du Pass Culture, ce que le ministère de la Culture a exécuté, évoquant un risque de trouble à l’ordre public.
Un festival militant, populaire, et sans incident depuis 12 ans
La décision a provoqué l’indignation des organisateurs. « Aucun incident en douze éditions », ont-ils rappelé sur BFMTV, dénonçant un acte de censure alimenté par des accusations fallacieuses. « Ce n’est pas un festival anti-police mais un festival contre les violences policières », ont-ils précisé, tout en soulignant que leurs valeurs sont incompatibles avec celles d’une certaine idée de la « France » véhiculée par leurs détracteurs.
Organisé sans subvention publique, le LAF est porté par l’association LAF PROD, qui reverse ses bénéfices à des collectifs militants ou les réinvestit dans de futurs projets culturels. Dans un communiqué, ses membres s’inquiètent du signal envoyé par cette exclusion : « Le pouvoir en place a cédé en moins de 24 heures aux exigences de l’extrême droite », dénonçant une tentative d’imposer « ce que la jeunesse doit voir, lire ou comprendre ».
La Rayonne, lieu d’accueil du festival à Villeurbanne, maintient sa programmation. Malgré le retrait du Pass Culture, les places restent disponibles (28,60 € sur Shotgun), et les précédentes éditions affichant souvent complet, l’affluence pourrait une fois encore démontrer l’attachement du public à cet espace de culture engagée.