Jade Khoo signe avec “Terre ou Lune” un éblouissant premier tome
Jade Khoo signe avec “Terre ou Lune” un éblouissant premier tome

À seulement 27 ans, Jade Khoo confirme avec Terre ou Lune qu’elle fait partie des autrices majeures à suivre en 2026. Publié aux éditions Morgen, jeune maison qui fait ici une entrée remarquée dans le paysage de la bande dessinée, ce premier volet d’un diptyque impressionne autant par son ambition narrative que par sa splendeur graphique. Près de 300 pages réalisées entièrement à l’aquarelle, “fait main” comme le précise l’autrice, composent un album dense, sensible et profondément habité.

Un récit initiatique aux accents écologiques

Au cœur de l’histoire, Othello, dix ans, vit dans un village rural et se passionne pour les oiseaux. Avec son ami Ange, il rejoint un club d’ornithologie, passant des heures à observer coucous, alouettes ou busards. Mais derrière cette enfance studieuse et contemplative se cache un drame : après la séparation de ses parents, un événement tragique bouleverse sa vie. Manipulé par sa mère, il verse une poudre censée être un somnifère dans le verre de son père. Il s’agit en réalité d’un poison. Le récit s’ouvre sur ce parricide involontaire, prélude à une enquête intime et vertigineuse.

Quatre ans plus tard, Othello revient dans son village à l’occasion d’un stage d’ornithologie. Sa mère est en prison, les secrets familiaux restent opaques. Peu à peu, l’intrigue dépasse la sphère privée pour s’élargir à une réflexion plus vaste sur l’humanité et son avenir. Une étrange devise répétée par les enfants d’un foyer – promettant de ne pas “reproduire les erreurs de la Terre” pour le bien-être de la Lune – instille une dimension de science-fiction et ouvre le récit vers une fable écologique plus ample.

À travers la protection des busards Saint-Martin, dont les nids sont souvent détruits par les moissonneuses, Jade Khoo glisse une sensibilisation concrète aux enjeux environnementaux. La nature n’est pas un simple décor : elle est le cœur battant du livre.

Une splendeur graphique entre poésie et science-fiction

Diplômée des Gobelins, autrice d’un premier album remarqué, Zoc, en 2022, Jade Khoo déploie ici une maîtrise impressionnante. Influencée par Moebius, Zao Dao ou encore Hayao Miyazaki, elle compose des planches où la lumière des sous-bois, les brumes matinales et les champs d’été irradient. Son trait délicat épouse aussi bien le naturalisme minutieux que des visions plus oniriques : montagnes iridescentes, champignons géants, paysages quasi cosmiques.

Le choix de l’aquarelle confère à l’ensemble une douceur vibrante, loin des standards numériques. Chaque page témoigne d’un patient travail artisanal. L’autrice, passionnée d’ornithologie depuis l’enfance, trouve dans ce projet une manière d’unir son goût du dessin et son amour des oiseaux. Le résultat est un album à la fois contemplatif et haletant, où les révélations s’enchaînent sans lourdeur.

Terre ou Lune ne livre pas tous ses mystères. Ce premier tome laisse volontairement des zones d’ombre, annonçant une suite attendue à l’automne 2026. D’ici là, l’album s’impose déjà comme l’une des œuvres marquantes de l’année, confirmant Jade Khoo comme une voix singulière et ambitieuse de la bande dessinée contemporaine.

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