Des origines européennes pour les habitants de Tunisie et d’Algérie : une étude bouleverse les idées reçues
Des origines européennes pour les habitants de Tunisie et d’Algérie – une étude bouleverse les idées reçues

Les résultats d’une nouvelle étude remettent en question l’hypothèse courante selon laquelle l’est du Maghreb, c’est-à-dire l’Algérie et la Tunisie, aurait été un simple récepteur passif des influences du Néolithique. Au contraire, l’étude met en évidence une remarquable continuité génétique et révèle que 80 % des origines des populations de cette région proviennent d’Europe.

L’ADN extrait de restes humains anciens trouvés en Tunisie et dans le nord-est de l’Algérie indique que des chasseurs européens auraient peut-être atteint l’Afrique du Nord en bateau il y a environ 8 500 ans.

Une analyse approfondie des données génomiques de neuf individus ayant vécu entre la fin du Mésolithique et le Néolithique dans l’est du Maghreb a montré que la proportion d’ascendance issue des agriculteurs et chasseurs européens atteignait 80 % chez certains groupes, suggérant une influence génétique limitée des populations agricoles migrantes dans la région.

Une flexibilité génétique et culturelle

Plutôt qu’un remplacement massif de la population, il semble que l’introduction de la production alimentaire dans cette région ait résulté d’une combinaison de migrations intermittentes, d’échanges culturels et d’une diffusion progressive des connaissances.

L’étude, publiée dans la revue Nature, souligne que l’est du Maghreb a démontré une forte résilience génétique et culturelle.

Alors que les agriculteurs européens ont contribué à environ 20 % du patrimoine génétique, les populations locales de cette région ont fait preuve d’une flexibilité culturelle et génétique remarquable, contrairement aux autres populations européennes ou à celles de l’Ouest du Maghreb, restant largement à l’écart des transformations agricoles qui ont eu lieu ailleurs.

Pastoralisme et élevage d’ovins et de caprins

Ces résultats concordent avec les preuves archéologiques selon lesquelles l’adoption complète de l’agriculture dans cette région ne s’est produite qu’au premier millénaire avant notre ère. Les communautés locales s’appuyaient principalement sur l’élevage de moutons et de chèvres, tout en continuant à récolter des coquillages sauvages, à chasser du gibier et à exploiter des ressources végétales.

L’une des découvertes les plus marquantes de cette étude est la présence d’origines européennes chez certains anciens habitants de la Tunisie, offrant ainsi la première preuve génétique claire d’un lien entre les premiers Européens et les populations d’Afrique du Nord.

Les routes maritimes facilitent les interactions humaines.

Ces résultats suggèrent que les voies de navigation à travers le détroit de Sicile ont facilité les interactions humaines en Méditerranée bien plus tôt qu’on ne le pensait.

La découverte d’obsidienne provenant de Pantelleria – une île volcanique située dans le détroit de Sicile – sur le site d’Herqla, où des restes humains ont été analysés, renforce les indices d’échanges précoces entre les rives nord et sud de la Méditerranée.

Bien qu’aucun vestige de bateau de cette période n’ait été retrouvé en Afrique du Nord, l’existence de pirogues datant d’environ 7 000 ans dans le lac de Bracciano, en Italie centrale, suggère que la navigation en haute mer était déjà techniquement possible.

Des origines anciennes liées au Levant

L’étude a également mis en évidence des traces génétiques anciennes reliées au Levant dans l’est du Maghreb, antérieures de plusieurs siècles à l’arrivée des agriculteurs européens.

Cette empreinte génétique pourrait être associée à l’introduction d’animaux domestiques tels que les moutons et les chèvres par les premiers groupes de pasteurs venus du Levant et ayant migré vers l’Ouest.

Les résultats soulignent que la transition vers la production alimentaire n’a pas été un processus uniforme, mais plutôt une dynamique variée et régionale. L’étude de ces mouvements humains anciens permet d’apporter un éclairage précieux sur les modèles de migration et d’adaptation, des processus qui continuent encore aujourd’hui à façonner les sociétés.

Pour réaliser ces recherches, les scientifiques spécialisés en ADN ancien ont analysé les os et dents de neuf individus ayant vécu entre 6 000 et 10 000 ans avant notre ère dans l’est du Maghreb.

L’analyse génétique a révélé qu’un individu ayant vécu il y a environ 8 500 ans partageait environ 6 % de son ADN avec des chasseurs-cueilleurs européens, suggérant ainsi que ces populations auraient traversé la Méditerranée en bateau, probablement à bord de longues embarcations en bois.

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