Le vent tourne à Angoulême. Vingt et un anciens Grands Prix du Festival international de la bande dessinée, parmi lesquels Riad Sattouf, Art Spiegelman, Florence Cestac, François Boucq ou encore Chris Ware, lancent un appel commun pour sauver l’événement, qu’ils estiment menacé de disparition. Leur texte, publié ce lundi 10 novembre, accuse la direction actuelle d’avoir conduit le festival dans une impasse et réclame la fin de la collaboration avec la société 9e Art +, reconduite récemment à la tête de l’organisation jusqu’en 2028.
Un climat de défiance généralisé
Les signataires dénoncent « des années de scandales, d’erreurs de communication et d’opacité de gestion » qui, selon eux, ont gravement entaché la crédibilité du festival. Ce collectif de lauréats du Grand Prix, la plus haute distinction du neuvième art, estime que la présidente de l’association du Festival, Delphine Groux, et le délégué général, Franck Bondoux, ont trahi les valeurs fondatrices d’un événement longtemps considéré comme la vitrine mondiale de la bande dessinée. Malgré les critiques, la direction actuelle a été confirmée à la suite d’un appel à projets contesté. Cette décision a provoqué une vague de colère dans le milieu. Les auteurs signataires exigent « un changement rapide et profond », affirmant que sans refonte complète de la gouvernance, l’édition 2026 pourrait bien être la dernière. Dans un communiqué parallèle, le Syndicat des éditeurs alternatifs (SEA) réclame ni plus ni moins la démission de Delphine Groux. Selon lui, la gestion de la présidente a « bloqué les échanges constructifs » entre les différents acteurs du secteur et mis en péril la survie du festival. Le SEA parle d’un « danger concret de voir disparaître la plus importante manifestation dédiée à la bande dessinée en Europe ».
Les institutions culturelles sous pression
Le malaise dépasse désormais le cercle des auteurs. Plusieurs organisations, dont le Syndicat des Travailleurs Artistes-Auteurs et la Ligue des auteurs professionnels, appellent les institutions publiques à réagir. Elles accusent l’association du Festival de n’avoir respecté aucun des engagements de transparence fixés par les financeurs, parmi lesquels la Région, le Département, la Ville et l’Agglomération d’Angoulême. Si la Drac et le Centre national du livre restent pour l’heure silencieux, la question est désormais posée : les partenaires institutionnels valideront-ils le maintien de 9e Art + ou exigeront-ils une remise à plat complète du dispositif ? Pour les artistes, la réponse ne peut plus attendre. Derrière le tumulte administratif, c’est toute une profession qui s’inquiète pour son principal rendez-vous annuel. À Angoulême, le neuvième art se bat cette fois pour sa propre survie.