Après le succès massif des Yeux de Mona, Thomas Schlesser change de décor et d’obsession. Avec Le Chat du jardinier, paru chez Albin Michel, il installe son récit dans l’arrière-pays provençal et construit une histoire intime autour d’un jardinier bouleversé par la maladie d’un chaton, et d’une voisine qui lui propose un remède inattendu : les poèmes.
Un pacte étrange : soigner les oliviers, apprendre les vers
Louis, colosse discret et hypersensible, recueille un chaton puis apprend qu’il est atteint d’une tumeur. Plutôt que de faire de ce drame un simple déclencheur, le roman s’attarde sur ce que cette annonce fissure chez lui : une peur panique de perdre, une incapacité à accepter l’impuissance, et une solitude qui se voit d’autant plus qu’elle se cache. C’est là qu’intervient Thalie, professeure de français récemment retraitée, qui observe ce voisin taiseux et devine la tempête intérieure.
Elle lui propose un marché : s’il remet sur pied des oliviers abîmés, elle l’initiera à la poésie, verre après verre, texte après texte. Le roman avance alors comme une suite de scènes de transmission, où la langue devient une matière concrète, presque artisanale, au même titre que la terre ou les branches taillées. Schlesser fait circuler ses personnages entre gestes simples, silences, et percées de mots, en laissant la poésie entrer non comme un exercice scolaire, mais comme une manière de nommer ce qui étouffe.
Une histoire douce, portée par l’idée que les mots peuvent sauver
Le cœur du livre, c’est cette bascule : Louis accepte d’être “élève”, non par goût des belles lettres, mais parce qu’il cherche une prise pour rester debout. La poésie sert de passerelle, parfois de pansement, parfois de détonateur émotionnel. Selon l’AFP, Thomas Schlesser dit vouloir montrer que les poèmes peuvent aider à traverser les périodes noires et intensifier la vie même quand tout va bien, une conviction qui irrigue clairement le récit.
Le Chat du jardinier joue donc la carte du roman consolateur, sans basculer dans le manuel de développement personnel : l’émotion vient surtout des situations, des maladresses, et de cette tendresse qui s’installe entre des gens qui n’étaient pas censés se rencontrer. L’auteur puise dans son propre rapport adolescent à la poésie, découverte comme un choc et une échappée, ce qui donne au livre sa tonalité très “transmission vécue” plutôt qu’exposé théorique.