Connue pour ses rôles dans L’Avventura d’Antonioni ou Le Souffle au cœur de Louis Malle, l’actrice Lea Massari est décédée à Rome le 23 juin 2025. Elle laisse derrière elle une carrière singulière, marquée par la discrétion, l’audace et une fidélité au cinéma d’auteur, en Italie comme en France.
Une actrice entre deux cinémas
Née Anna Maria Massatani à Rome en 1933, Lea Massari s’était imposée sans jamais chercher la lumière. C’est L’Avventura de Michelangelo Antonioni, en 1960, qui la révèle au public international. Dans ce film devenu culte, elle incarne Anna, une jeune femme disparue mystérieusement dès les premières minutes — une absence qui hantera tout le reste de l’intrigue. Ce rôle symbolisera la tonalité d’une carrière choisie, subtile, à rebours des figures plus flamboyantes de ses contemporaines comme Claudia Cardinale ou Sophia Loren.
Elle tourne ensuite dans Le Colosse de Rhodes de Sergio Leone, puis enchaîne avec Une vie difficile de Dino Risi. Dès 1964, elle passe les frontières et s’impose aussi dans le paysage cinématographique français avec L’Insoumis d’Alain Cavalier, aux côtés d’Alain Delon. Ce sera le début d’une longue série de collaborations avec de grands noms du cinéma hexagonal.
Une présence marquante dans le cinéma français
En France, Lea Massari devient un visage familier du public dans les années 1970. Elle marque notamment les esprits dans Les Choses de la vie (1970) de Claude Sautet, puis dans Le Souffle au cœur de Louis Malle (1971), où elle interprète une mère prise dans une relation incestueuse avec son fils adolescent. Ce rôle complexe et controversé reste l’un des plus discutés de sa carrière.
À cette période, elle apparaît aussi dans des films réalisés par René Clément (La Course du lièvre à travers les champs), Claude Pinoteau (Le Silencieux), Henri Verneuil (Peur sur la ville) ou encore Francesco Rosi (Le Christ s’est arrêté à Eboli). Elle partage l’écran avec Jean-Paul Belmondo, Yves Montand, Anthony Perkins ou Gian Maria Volonté, mais accepte volontiers des rôles secondaires si le projet lui plaît. Cette liberté artistique renforce son aura discrète, loin des logiques commerciales.
Souvent surnommée « la plus française des actrices italiennes », elle incarne à merveille cette passerelle entre les deux cultures cinématographiques. Son élégance mélancolique, sa voix grave, sa pudeur et son regard intense ont marqué plusieurs générations de cinéphiles. Comme l’a souligné la secrétaire d’État italienne à la Culture Lucia Borgonzoni, citée par l’AFP, elle était une actrice au « talent fulgurant » et au « magnétisme irrésistible ».
Lea Massari s’était éloignée des plateaux à partir du milieu des années 1980. Elle s’est éteinte à Rome, là où elle était née, le 23 juin. Elle avait 91 ans. Son enterrement s’est tenu le lendemain à Sutri, au nord de la capitale, selon Il Messaggero.