À la croisée du polar social et du récit de sororité, Le Gang des Amazones raconte le parcours réel de cinq femmes du Vaucluse devenues braqueuses à la fin des années 1980. Mélissa Drigeard en fait un film intense et pudique, à mille lieues du sensationnalisme, avec un casting féminin puissant mené par Lyna Khoudri et Izïa Higelin.
Un fait divers oublié revisité avec humanité
Inspirée par un épisode du podcast Affaires Sensibles (France Inter), la réalisatrice Mélissa Drigeard s’empare de cette histoire étonnante pour en tirer une œuvre de fiction fidèle aux faits et empreinte d’émotion. Entre 1989 et 1990, cinq amies d’enfance précaires mères de famille et sans casier judiciaire ont enchaîné une série de braquages dans le Vaucluse. Déguisées en hommes, elles dérobent près de 300 000 francs dans des agences bancaires locales, avant d’être arrêtées puis jugées en 1996. Malgré la gravité des faits, la justice se montre clémente, soulignant leur réinsertion exemplaire pendant les années précédant le procès. Quatre d’entre elles écopent de peines avec sursis, la cinquième d’un an ferme.
Pour préparer le film, Drigeard et son co-scénariste Vincent Juillet ont mené un véritable travail d’enquête, rencontrant plusieurs des protagonistes réelles ainsi que leurs avocats. Le scénario s’ancre dans leurs récits, mêlant fidélité historique et regard empathique. « Ce n’était pas une histoire de gangsters. C’était une histoire de survie », confie la réalisatrice dans les notes de production du film.
Une fresque féminine, ancrée dans les années 1990
Lyna Khoudri campe Katy, la meneuse du groupe, un rôle pour lequel elle s’est entraînée à manier des armes et simuler des braquages. L’actrice confie à France Info que la rencontre avec la véritable Katy, sur le tournage, a été déterminante : « Elle m’a donné un regard sur cette période, entre colère et tendresse ». Izïa Higelin, Kenza Fortas, Laura Felpin et Mallory Wanecque incarnent les autres membres du gang, dans une alchimie portée par l’énergie du collectif.
Reconstituer l’atmosphère du sud de la France des années 90 a nécessité un souci du détail, que ce soit dans les dialogues, les décors ou les accessoires. « Il n’était pas question d’utiliser un mot qui n’existait pas à l’époque », raconte Drigeard à Vanity Fair. Entre le bruit des vieilles voitures et les champs de lavande, le tournage a aussi convoqué les sensations physiques d’un monde sans smartphones ni GPS.
Le film dépeint également la misogynie dont les Amazones ont été victimes à l’époque, notamment dans les titres de presse, qualifiés par Drigeard de « d’une violence incroyable ». « Quand les ménagères se transforment en mégères », titrait ainsi un journal local cité dans les documents de production.
Une adaptation sans glamourisation ni jugement
Contrairement à d’autres œuvres du genre, Le Gang des Amazones ne cherche ni à magnifier les actes commis, ni à faire de ses protagonistes des héroïnes vengeresses. Le film s’attache plutôt à révéler la complexité humaine derrière ces visages ordinaires confrontés à une précarité extrême. Dans un entretien avec Hérault Tribune, Hélène, l’une des vraies ex-braqueuses, confie : « C’était beaucoup de souffrance, mais aussi beaucoup d’amour. Katy, mes copines, je les ai beaucoup aimées. »
La réalisatrice a d’ailleurs fait le choix d’attendre plusieurs semaines avant que les actrices rencontrent les femmes qu’elles interprètent, afin de privilégier une compréhension intime du rôle avant toute influence extérieure. Lyna Khoudri témoigne ainsi à Corse Net Infos avoir ressenti « une forme de transmission invisible », dès les premières scènes.
Sorti le 12 novembre, Le Gang des Amazones offre un regard juste et nuancé sur un fait divers aussi tragique qu’humain. Une œuvre engagée qui interroge la ligne ténue entre culpabilité et dignité, et rappelle la puissance du cinéma pour raconter les marges.