C’était un 11 juillet : Zheng He et la “Flotte des Trésors” prennent la mer
C’était un 11 juillet : Zheng He et la “Flotte des Trésors” prennent la mer

Le 11 juillet 1405, depuis le port de Longjiang près de Nankin, une armada spectaculaire quitte les côtes de Chine : c’est le départ de la première expédition maritime de Zheng He, initiée par l’empereur Yongle des Ming. Cette “flotte des Trésors”, composée de plusieurs centaines de navires et de près de 28 000 hommes, inaugure une série de sept expéditions diplomatiques et commerciales qui mèneront les Chinois jusqu’aux côtes de l’Inde, de l’Arabie et de l’Afrique de l’Est. Bien avant Christophe Colomb ou Vasco de Gama, la Chine devient alors une puissance maritime majeure. Ce rêve d’expansion pacifique ne durera cependant que quelques décennies.

Une démonstration de puissance impériale sans précédent

L’expédition de 1405 n’est pas une simple exploration. Elle incarne la volonté de l’empereur Yongle de projeter la grandeur de la Chine au-delà de ses frontières. Pour cela, tous les arsenaux de l’empire sont mobilisés : plus de 300 navires sont construits, dont les gigantesques bateaux-trésors (bǎochuán), certains atteignant des dimensions légendaires de 120 à 140 mètres de long. En comparaison, la Santa Maria de Colomb, construite presque un siècle plus tard, ne mesure que 28 mètres !

À la tête de cette flotte colossale, l’amiral Zheng He, eunuque musulman issu de la minorité Hui du Yunnan, fidèle serviteur de Yongle. Il ne s’agit pas de conquérir des terres, mais d’établir des liens diplomatiques et commerciaux avec les royaumes côtiers d’Asie du Sud-Est, d’Inde, du Golfe Persique et même de l’Afrique orientale. Chaque mission transporte des présents luxueux et reçoit en échange des tributs et des ambassades. Les Ming imposent leur autorité sans coloniser : un hégémon bienveillant, en apparence du moins.

Durant ce premier périple, la flotte atteint l’Inde, Ceylan (Sri Lanka), puis revient en Chine en 1407 avec une délégation d’envoyés étrangers. Ce sont les débuts d’un ambitieux réseau diplomatique maritime, qui fait entrer plusieurs royaumes dans le système tributaire chinois.

Une grandeur vite oubliée : la fin prématurée d’un rêve océanique

Zheng He mènera encore six expéditions entre 1407 et 1433. Certaines l’emmèneront jusqu’à la péninsule Arabique et à l’Afrique orientale, jusqu’à Mogadiscio et Zanzibar. Mais cette envolée est rapidement freinée. Dès la mort de Yongle en 1424, les opposants à cette politique maritime prennent le dessus à la cour impériale. Les lettrés confucéens, méfiants envers les eunuques (dont Zheng He est une figure majeure), critiquent le coût démesuré et les bénéfices incertains de ces voyages. Leur vision d’un empire autocentré, tourné vers ses terres agricoles et son ordre intérieur, finit par l’emporter.

Après la mort de Zheng He, probablement sur le retour de sa dernière expédition, la Chine se referme sur elle-même. L’interdiction de construire de grands navires est décrétée. Le port de Nankin est délaissé au profit de Pékin, plus proche des menaces terrestres venues du nord. Ainsi prend fin une aventure qui aurait pu faire de la Chine la première puissance navale mondiale. Tandis que l’Occident entre dans l’ère des grandes découvertes, l’empire Ming se retire des mers.

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